L’Afrique de l’Ouest veut en finir avec sa dépendance au riz importé. Après deux jours de travaux, la Table ronde sur l’investissement dans le riz en Afrique de l’Ouest s’est conclue sur une injonction unanime : accélérer et coordonner les investissements pour transformer une ambition en réalité industrielle. Organisée par la CEDEAO, le Groupe de la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, et accueillie par le Ghana dans le cadre de l’initiative AgriConnect, la rencontre a rassemblé 15 délégations nationales, ministres, investisseurs, agrobusiness et experts techniques.
L’équation est simple et implacable : la demande explose plus vite que la production locale. Pour combler l’écart et viser l’autosuffisance d’ici 2035, la région doit passer d’une agriculture de subsistance à une économie rizicole compétitive, intégrée et créatrice d’emplois.
Du champ à l’assiette : un pipeline de projets bancables
La table ronde a cartographié les maillons faibles de la chaîne de valeur : irrigation, systèmes semenciers certifiés, mécanisation, unités de transformation, stockage, logistique et accès aux marchés. Un solide pipeline de projets régionaux, adossés aux Plans d’action nationaux d’investissement, a été présenté. Mais les participants ont insisté sur une condition : sans meilleure coordination des politiques, sans mécanismes de partage des risques et sans partenariats public-privé solides, les plans resteront lettre morte.
Le cap est fixé : renforcer le suivi via des plateformes régionales comme l’Observatoire du riz de la CEDEAO, et bâtir un Pacte régional d’investissement dans le riz pour donner de la cohérence aux financements.
Les voix d’Accra : capital, emplois, résilience
Son Excellence Prof. Jane Naana Opoku-Agyemang, Vice-présidente du Ghana*, a planté le décor :
« Le défi qui se présente à nous ne consiste pas seulement à produire davantage de riz, mais aussi à mobiliser les volumes de capitaux nécessaires pour transformer l’agriculture, d’un secteur de subsistance en une production commerciale, et d’une production fragmentée en des chaînes de valeur intégrées. Dans cette perspective, nous devons considérer le riz comme un atout économique stratégique qui crée des emplois pour les jeunes, génère des revenus pour les agriculteurs, et renforce la résilience de nos économies face aux futurs chocs mondiaux. »
Dr Omar Alieu Touray, Président de la Commission de la CEDEAO*, a fixé l’horizon politique :
« Notre ambition est claire : bâtir des systèmes agroalimentaires plus compétitifs, inclusifs et durables, qui renforcent la souveraineté alimentaire, créent des opportunités économiques, contribuent à une prospérité partagée et qui permettent d’atteindre progressivement l’autosuffisance régionale en riz d’ici à 2035. Cette table ronde doit donc servir de catalyseur à l’action. Elle doit renforcer la confiance des investisseurs, consolider les partenariats, accélérer le financement d’opportunités bancables et contribuer à construire une économie rizicole régionale plus compétitive, résiliente et autosuffisante. »
Guangzhe Chen, Vice-président Planète à la Banque mondiale*, a salué le cadre opérationnel :
« L’Afrique de l’Ouest dispose à la fois d’un solide portefeuille de projets et d’un leadership affirmé pour accélérer une véritable transformation du secteur rizicole. Le Compact AgriConnect du Ghana illustre comment cet agenda peut générer des emplois, renforcer la résilience et stimuler une croissance inclusive à grande échelle. »
Richard Ofori-Mante, Directeur à la BAD*, a mis la jeunesse au centre :
« L’agriculture ne doit plus être considérée comme un secteur social. Elle doit être reconnue comme un secteur économique productif, capable de stimuler la croissance, de créer des emplois et de soutenir l’industrialisation. Au cœur de cette transformation se trouve la jeunesse africaine. La chaîne de valeur du riz offre d’importantes opportunités dans les domaines de l’irrigation, la mécanisation, la transformation, la logistique, l’agriculture numérique et l’entrepreneuriat agricole. Tirer parti de ce potentiel est essentiel pour transformer la croissance démographique de l’Afrique en dividende économique. »
Le Ghana donne le ton avec AgriConnect
En marge des débats, Accra a lancé son Compact AgriConnect. Porté par l’État avec l’appui de la Banque mondiale, le programme vise 2,6 millions d’emplois créés, 3 millions de personnes sorties de l’insécurité alimentaire et 3,5 milliards USD d’investissements mobilisés sur cinq ans. Riz, maïs, cacao, palmier à huile, volaille : les chaînes prioritaires sont servies par une approche systémique qui marie irrigation, mécanisation, agriculture climato-intelligente et innovation numérique.
À Accra, le message est passé : le riz n’est plus une denrée. C’est un levier de souveraineté, un moteur d’emplois et un test de crédibilité pour l’intégration ouest-africaine. La balle est désormais dans le camp des investisseurs et des États pour transformer ce pacte en rizières, en usines et en contrats.

