Lomé est devenue pendant deux jours le centre de gravité de la diplomatie préventive. Un dialogue régional de haut niveau sur la prévention des conflits dans le Golfe de Guinée s’est ouvert ce mercredi 3 juin 2026. Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Ghana, Togo : les cinq pays du littoral sont autour de la table pour confronter leurs stratégies face à une insécurité qui se propage du Sahel vers les zones côtières.
Placée sous le thème « De l’engagement à l’impact ! », la rencontre dépasse le cadre des déclarations d’intention. Responsables gouvernementaux, institutions régionales, Nations Unies et partenaires techniques planchent sur un objectif précis : transformer les stratégies de prévention en actions concrètes, durables et coordonnées. Car les menaces sont désormais imbriquées : groupes armés, trafics illicites, déplacements massifs de populations, pression climatique sur les zones côtières.
Une approche « Nexus » portée par le Système des Nations Unies
L’initiative est co-organisée par le PNUD, l’UNFPA et le HCR, avec l’appui financier du Japon. Elle marque le lancement officiel de la « Facilité de Prévention 2026-2029″. Trois ruptures sont revendiquées par Coumba Sow, coordonnatrice du Système des Nations Unies au Togo :
Intégration opérationnelle : faire sauter les cloisonnements entre sécurité, développement et action humanitaire.
Approche transfrontalière: aligner les réponses sur les dynamiques de risque, qui ignorent les frontières.
Interventions basées sur les données: passer à des programmes évolutifs, mesurables par leur impact réel.
« Partager les données, coordonner les réponses, et bien sûr anticiper collectivement : c’est dans cette logique que le PNUD, l’UNFPA et le HCR lancent la Facilité de Prévention 2026-2029 », a-t-elle souligné. Pour l’ONU, le message est clair : « Nous disposons d’une opportunité stratégique pour travailler avec les gouvernements, pour anticiper plutôt que subir, investir dans la résilience plutôt que réparer, construire une paix durable fondée sur la confiance et l’inclusion ». Le Système des Nations Unies parle désormais d’ »équipes pays sans frontières » pour traduire cette cohérence systémique.
Les tables rondes interactives scrutent les points de fracture : l’insécurité en milieu rural qui vide les campagnes, les économies illicites qui financent les groupes armés, les mouvements de population qui saturent les villes, et la vulnérabilité croissante des littoraux face au dérèglement climatique.
À l’issue des travaux jeudi, les participants doivent adopter une feuille de route régionale de prévention. Ce document définira les priorités communes et les axes opérationnels pour les cinq États. L’enjeu : arracher des engagements politiques concrets, arrimés à la bonne gouvernance et au développement. Car dans le Golfe de Guinée, prévenir un conflit coûte moins cher que le gérer une fois qu’il a éclaté.

