La sécurité sanitaire des populations ne dépend plus uniquement des actions du seul secteur de la santé. Face à des menaces de plus en plus complexes — zoonoses, résistances antimicrobiennes, impacts du changement climatique, épidémies émergentes — l’approche multisectorielle « Une seule santé » s’impose aujourd’hui comme la seule réponse durable pour protéger les populations du Grand-Lomé et de tout le Togo. C’est dans cette dynamique que des acteurs de la santé humaine, animale et environnementale, associés étroitement à la communauté locale, conduisent actuellement une évaluation exhaustive des risques sanitaires du district, avec l’appui de l’OMS Togo.
L’approche multisectorielle de la santé repose sur un constat aujourd’hui largement partagé : les déterminants de la santé des populations ne se limitent pas aux accès aux soins. Ils incluent l’aménagement du territoire, l’urbanisme, la qualité de l’environnement, les pratiques agricoles, l’éducation et les conditions de vie des citoyens . Contrairement à une action isolée du ministère de la Santé, cette méthode consiste à intégrer les enjeux de santé dans l’ensemble des politiques publiques, et à aligner les interventions de secteurs très variés autour d’objectifs communs .
Le cadre « Une seule santé », qui est la déclinaison opérationnelle de cette approche au Togo, reconnaît l’interdépendance absolue entre la santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes. Plus de 60% des épidémies humaines sont d’origine animale, et les pollutions environnementales dégradent chaque année l’état de santé de millions de personnes : agir séparément sur chacun de ces domaines ne permet jamais de supprimer les risques à la source
Ce travail d’évaluation dans le Grand-Lomé s’inscrit dans une dynamique nationale initiée en août 2023, lorsque le Togo a lancé officiellement sa Plateforme nationale « Une seule santé » avec le soutien de l’OMS . À l’époque, le coordinateur du système de santé au bureau de l’OMS au Togo soulignait que cette approche intégrative allait « permettre de mieux comprendre et mieux anticiper les risques sanitaires issus du monde humain, animal et environnemental à l’échelle nationale, régionale et mondiale » .
En mars 2025, le Système des Nations Unies a réaffirmé son engagement à renforcer cet appui, lors d’une rencontre entre la coordinatrice résidente des Nations Unies au Togo Coumba Dieng Sow et le ministre de la Santé Tchin Darre. Les échanges ont notamment confirmé que l’approche One Health restait la priorité pour renforcer la résilience du système sanitaire togolais face aux défis contemporains .
L’évaluation des risques dans le Grand-Lomé : une démarche inclusive sur le terrain
Contrairement à des évaluations sanitaires classiques conduites uniquement par des agents de santé, la démarche en cours dans le district autonome du Grand-Lomé associe quatre catégories d’acteurs complémentaires :
1. Les services de la santé humaine, pour identifier les pathologies et les épidémies en cours dans la population
2. Les services de l’élevage et de la santé animale, pour cartographier les risques de transmission de zoonoses depuis les cheptels domestiques et la faune sauvage
3. Les acteurs de l’environnement, pour analyser les risques liés à la pollution de l’air, de l’eau, à l’insalubrité urbaine et à la dégradation des écosystèmes côtiers
4. Les représentants des communautés locales, qui apportent la connaissance des réalités de terrain, des pratiques quotidiennes et des besoins spécifiques des quartiers du Grand-Lomé
Cette collaboration permet de dépasser les analyses cloisonnées : par exemple, elle permet de corréler les cas d’infections à bactéries multirésistantes observées dans les centres hospitaliers du district avec les pratiques d’usage des antibiotiques dans l’élevage périurbain, un lien qui n’aurait pas été mis en évidence par un seul secteur .
Si les conclusions définitives de l’évaluation ne sont pas encore publiées à la date du 14 août 2026, les travaux déjà menés confirment l’intérêt de la démarche :
– L’identification de risques croisés jusque-là sous-estimés, notamment liés à la prolifération des déchets solides dans les quartiers densément peuplés et à la contamination des circuits d’alimentation en eau
– La co-construction de mesures de prévention adaptées aux réalités locales, qui auront bien plus de chances d’être adoptées par la population que des décisions prises sans concertation
– Le renforcement des capacités de collaboration entre les services déconcentrés de l’État, qui disposent désormais d’un cadre de travail commun pour répondre rapidement à toute alerte sanitaire.
Comme l’ont démontré des expériences internationales, l’approche multisectorielle permet d’obtenir des résultats bien plus efficaces et durables que des interventions menées de façon isolée par le seul secteur de la santé .

