Une incision de 8 millimètres, une caméra, et un patient debout une heure après. Ce mardi 4 novembre, l’Hôpital Dogta-Lafiè a réalisé la première chirurgie endoscopique du rachis au Togo. Une première nationale qui change tout pour des milliers de Togolais.

Ce n’est pas une opération comme les autres. C’est une page d’histoire.
Ce mardi 4 novembre, à Lomé, l’Hôpital Dogta-Lafiè a réalisé la première chirurgie endoscopique du rachis jamais effectuée au Togo. Une technique qui est en train de devenir la référence mondiale, et qui vient d’entrer dans la neurochirurgie togolaise.
La promesse est simple, et révolutionnaire : opérer la colonne vertébrale sans l’ouvrir.

Fini la lourde chirurgie à ciel ouvert, avec 5 à 6 cm d’incision et des muscles du dos arrachés. Ici, une mini-incision d’à peine 8 millimètres à 2 cm suffit. On y glisse un endoscope, une caméra haute définition, et on travaille directement là où il faut, sans détruire les muscles.
Résultat : moins de douleur, un risque réduit, et un retour à la maison en 24 à 72 heures. Là où il fallait attendre deux ou trois jours pour se lever après une chirurgie classique.
« On ne pouvait pas rester en marge »
Pour réussir ce pari, Dogta-Lafiè s’est entouré de l’excellence. L’opération a été menée conjointement par l’équipe togolaise conduite par le Pr Essosinam KPELAO et une équipe du CHU de Bordeaux conduite par le Pr Jean-Rodolphe Vignes, l’une des références mondiales en chirurgie du rachis.
Pour le Pr KPELAO, cette première est une nécessité :
« C’est une opportunité qu’on a eue pour apprendre une nouvelle technique qui est actuellement en vogue dans le monde, et spécialement en Europe, parce qu’actuellement, en termes chirurgicaux, on veut vraiment du mini-invasif pour que le patient puisse retrouver rapidement ses activités professionnelles. On ne pouvait pas rester en marge. »
Et le choix de Dogta-Lafiè n’est pas un hasard. L’hôpital disposait déjà des équipements pré-requis. « On a choisi cet hôpital pour pouvoir commencer par lancer cette activité au Togo. Et je crois qu’avec le temps, on pourra l’élargir à tous les hôpitaux publics pour que ça soit beaucoup plus accessible à toute la population togolaise », explique le Pr KPELAO.

Un premier patient déjà debout
À la sortie du bloc, après le premier patient, le Pr KPELAO ne cache pas sa satisfaction :
« Ça s’est très bien passé. Nous-mêmes, ça nous a surpris. Le malade vient de se réveiller. Il va se mettre debout tout à l’heure. D’habitude, il faut attendre deux ou trois jours pour pouvoir mettre un patient post-chirurgie debout. Mais cette fois-ci, avec cette technique, il pourra se lever d’ici une heure et marcher. »
Il précise l’essentiel : « Ça réduit vraiment la durée d’hospitalisation, la douleur post-opération. Et c’est vraiment les bénéfices réels de cette technique. Maximum vendredi pour la sortie. Donc ça fera juste deux jours d’hospitalisation. »
En quoi consiste concrètement l’opération ? Le Pr KPELAO l’explique simplement :
« Avec la mini-incision, on va aller directement là où on veut travailler et avec la caméra on pourra faire tout ce qu’on veut. Ça permet d’éviter de désinsérer beaucoup les muscles parce que la désinsération musculaire, c’est ça qui donne la douleur dans la grande majorité après cette chirurgie rachidienne. »
Les indications ? Dans la grande majorité, des maladies dégénératives : avec l’âge, une usure de la colonne qui entraîne des douleurs lombaires et une douleur qui descend dans les pieds, la sciatique, parfois des difficultés à marcher liées à la compression nerveuse. Au total, 2 patients sont prévus pour cette mission inaugurale.
« Le plateau technique d’ici est magnifique »
De son côté, le Pr Jean-Rodolphe Vignes insiste sur l’esprit de cette mission : un partenariat, pas une assistance.
« Notre rôle, c’est de collaborer avec les collègues sur place, qu’on connaît déjà puisqu’on a déjà eu l’occasion de travailler ensemble. Ça fait partie d’un partenariat et d’un accompagnement qui se poursuit sur des nouvelles techniques, des techniques qui sont en train de se diffuser. L’idée, c’est vraiment de faire participer le plus possible au profit des populations. »
Sur le matériel, il est précis : « Il y a toute une partie de matériel qui est sur place. Il y a déjà un pré-équipement, mais il faut le compléter sur des aspects plus spécifiques. C’est à l’étude pour s’équiper complètement et pour pouvoir être complètement autonome sur le Togo. »
Et son jugement sur Dogta-Lafiè est sans appel :
« Le plateau technique d’ici est magnifique. On a la possibilité de développer toutes les techniques chirurgicales modernes. C’est un plateau qui est assez complet. Il reste à préciser certains matériels, certains dispositifs, mais il y a très peu de choses pour compléter ce dispositif. »
Ce 4 novembre, la preuve a été faite : plus besoin de quitter le Togo pour bénéficier de la meilleure chirurgie du dos au monde. Elle est désormais à Lomé, à Dogta-Lafiè. Et demain, elle sera accessible à tous les Togolais.
Prudence AFANOU

