À la tribune du 26ᵉ Sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai et du format élargi « OCS+ », le Président du Conseil Faure Essozimna Gnassingbé a porté la position africaine sur la refonte de la gouvernance mondiale.
Au milieu des chefs d’État de Chine, de Russie, d’Inde, de Turquie et du Secrétaire général de l’ONU António Guterres, le dirigeant togolais a livré un message clair : la multipolarité ne doit pas être une fin en soi, mais un levier pour un multilatéralisme plus juste.
« La multipolarité doit nous donner davantage de choix et non créer de nouvelles divisions »
C’est par cette phrase que Faure Gnassingbé a résumé sa vision. Pour lui, l’émergence de nouveaux pôles de puissance ouvre une fenêtre d’opportunité historique pour l’Afrique.
« La multipolarité doit nous donner davantage de choix et non créer de nouvelles divisions. Pour l’Afrique, l’émergence de nouveaux partenaires est une opportunité. Elle nous permet de diversifier nos relations, de réduire certaines dépendances et surtout de mieux choisir nos partenariats en fonction de nos propres priorités. Mais soyons lucides, davantage de pôles de puissance ne signifie pas automatiquement davantage de justice. La multipolarité peut aussi produire plus de rivalités, de fragmentation et de rapports de force ».
Un avertissement posé dès l’entame, alors qu’il constatait : « Le monde change, de nouveaux centres de puissance émergent, de nouveaux équilibres économiques se dessinent, de nouvelles voix veulent être entendues ».
Réformer l’ONU ou perdre en légitimité
Le Président du Conseil a ensuite fait de la réforme des Nations Unies le corollaire indispensable de cette nouvelle donne.
Pour lui, l’universalité de l’ONU reste irremplaçable, mais ses blocages actuels l’affaiblissent.
« Les Nations Unies restent indispensables, mais elles doivent profondément évoluer dans un monde plus multipolaire. Nous avons besoin davantage de multilatéralisme et non de moins. L’ONU reste notre seul espace véritablement universel. Mais nous devons aussi regarder objectivement ses limites. Lorsque les grandes puissances s’opposent, nos institutions sont trop souvent paralysées. Lorsque les mêmes règles semblent appliquées différemment selon les crises, leur légitimité s’affaiblit ».
Il a donc appelé à transformer l’ONU « pour le monde de demain y compris dans la composition de ses organes de direction », et à mieux l’articuler avec l’Union africaine, l’OCS et les autres organisations régionales.
La justice passe aussi par l’économie
Faure Gnassingbé a élargi sa réflexion au volet économique. Une représentation accrue ne suffit pas si elle ne s’accompagne pas de capacités réelles.
« Un ordre mondial plus juste doit donner au Sud une véritable capacité de choix. Être mieux représenté ne suffira pas. Nos pays doivent aussi pouvoir financer leur développement, transformer leurs ressources et créer davantage de valeur chez eux. C’est tout le sens que nous devons donner aux institutions de coopération régionale, et au rapprochement entre l’Afrique et les grands pôles émergents ».
Il a plaidé pour des partenariats tournés vers l’investissement productif, les infrastructures, la transformation locale et le transfert de technologies, avec l’Asie, l’Europe, les Amériques et entre pays africains.
Le Togo, trait d’union entre l’Afrique et l’Eurasie
Réunissant à Bichkek les dirigeants de l’OCS et les pays invités comme l’Égypte, la Turquie, l’Azerbaïdjan ou le Vietnam, le format « OCS+ » s’impose comme un carrefour du nouveau dialogue mondial.
La présence du Président du Conseil y consacre la diplomatie de diversification du Togo : porter la voix du continent là où se négocient les règles de demain, et faire de la multipolarité un instrument au service d’un monde plus solidaire et plus équilibré.

