Dans un système international marqué par la multiplication des crises, des rivalités et des recompositions géopolitiques, la place d’un État ne se mesure pas uniquement à son poids économique, démographique ou militaire.
Elle se construit aussi par sa capacité à dialoguer, à rapprocher les positions et à contribuer à la recherche de solutions. C’est dans cette perspective que la diplomatie togolaise a progressivement développé une capacité de médiation qui constitue aujourd’hui l’un de ses principaux instruments d’influence. Cette orientation contribue à éclairer la présence du Togo au 26e sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), au Kirghizstan. La participation du Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, à ce rendez-vous réunissant plusieurs des principaux acteurs de l’espace eurasiatique traduit la dynamique de la diplomatie togolaise. Elle témoigne de la reconnaissance progressive d’une capacité diplomatique qui dépasse les seules dimensions géographiques et matérielles du pays.
Depuis plusieurs années, Lomé s’emploie à maintenir des canaux de dialogue avec des interlocuteurs aux positions et aux appartenances géopolitiques différentes. Dans un environnement ouest-africain traversé par des tensions politiques, institutionnelles et sécuritaires, cette disponibilité au dialogue constitue un atout. Elle permet au Togo de demeurer un interlocuteur lorsque les relations entre certains acteurs deviennent plus difficiles. La médiation ne consiste pas à imposer une solution aux parties. Elle vise d’abord à créer les conditions permettant de renouer le dialogue, de restaurer la confiance et de rechercher une issue pacifique aux différends. Cette conception exige de la constance, de la discrétion et une capacité à parler à des acteurs différents sans renoncer à ses propres principes. C’est précisément cette capacité de connexion qui donne au Togo une valeur diplomatique supérieure à son seul poids matériel. Dans un monde où les canaux de communication se ferment parfois entre certains acteurs, disposer de plusieurs portes d’entrée et conserver la confiance d’interlocuteurs appartenant à des espaces différents constitue un capital stratégique.
La présence à Bichkek peut ainsi être comprise comme l’un des prolongements de cette trajectoire. Le Togo ne se présente pas à l’OCS comme une puissance comparable aux grands États présents autour de la table. Il y est présent avec une autre forme de capital : celle d’un pays capable de dialoguer avec plusieurs mondes, de comprendre des intérêts divergents et de contribuer, lorsque cela est nécessaire, au rapprochement des positions. Mais la médiation n’est qu’une étape. La diplomatie togolaise cherche désormais à transformer cette capacité de dialogue en capacité de proposition. Les réflexions portées par Lomé sur la souveraineté africaine, l’Agenda de Lomé et la réforme du multilatéralisme traduisent cette volonté de participer davantage à la définition des réponses aux grands enjeux internationaux.
A Bichkek, cette trajectoire prend une nouvelle dimension : le Togo ne se contente plus d’être un pays qui dialogue avec les grands. Il entend désormais être reconnu comme un interlocuteur capable de relier les espaces, de rapprocher les positions et de porter des propositions, afin de contribuer pleinement aux grandes conversations qui façonnent les équilibres et l’avenir du système international.
La rédaction

