Alors que les tensions au Moyen-Orient franchissent un nouveau seuil et font vaciller les équilibres mondiaux, l’Afrique refuse la posture de spectatrice. C’est à Lomé, sous l’impulsion du *Président du Conseil togolais, SEM Faure Essozimna Gnassingbé, que s’ouvre ce jour la Conférence ministérielle extraordinaire de l’Alliance Politique Africaine. L’enjeu dépasse le cadre diplomatique : il s’agit pour le continent de définir une lecture commune des impacts, d’identifier les défis et d’articuler des réponses stratégiques souveraines face à une crise dont les ondes de choc n’épargnent aucun pays.
Une crise lointaine aux répercussions immédiates pour l’Afrique
L’escalade au Moyen-Orient n’est pas un conflit périphérique pour les économies africaines. Elle se traduit déjà par trois canaux de transmission directs. D’abord, le canal énergétique : la volatilité du baril et les risques sur le détroit d’Ormuz renchérissent le coût des importations d’hydrocarbures, alourdissent les factures des États et alimentent l’inflation importée. Ensuite, le canal alimentaire : les perturbations sur les routes maritimes et la réallocation des cargaisons de céréales menacent la sécurité alimentaire de pays déjà vulnérables aux aléas climatiques. Enfin, le canal sécuritaire : la polarisation des discours, la circulation des armes et l’instrumentalisation des fragilités locales par des acteurs extérieurs accroissent la pression sur des régions sahéliennes et côtières en quête de stabilisation.
À cela s’ajoute un défi diplomatique : le risque d’un continent sommé de choisir des camps, au détriment de sa doctrine historique de non-alignement actif et de règlement pacifique des différends. C’est tout le sens de la convocation de cette session extraordinaire de l’APA à Lomé.
Le rôle moteur de Lomé : faire entendre une voix africaine cohérente
Depuis plusieurs années, le Togo a fait de la médiation, du dialogue préventif et de la concertation africaine un axe de sa politique étrangère. En accueillant l’APA, SEM Faure Gnassingbé prolonge cette trajectoire et positionne Lomé comme *un hub de diplomatie préventive. L’approche défendue par le Président du Conseil est claire : l’Afrique ne peut ni subir les effets d’une crise ni se contenter de communiqués. Elle doit peser par une parole unifiée, des mécanismes d’alerte précoce et des instruments d’action collective.
Trois lignes directrices structurent cette vision. Premièrement, la souveraineté stratégique : renforcer les capacités du continent à anticiper les chocs exogènes, qu’ils soient énergétiques, alimentaires ou financiers, par des réserves stratégiques, des accords intra-africains et une meilleure coordination des politiques monétaires. Deuxièmement, la solidarité agissante : mutualiser le renseignement, sécuriser les approvisionnements critiques et protéger les corridors logistiques, notamment portuaires, dont Lomé est l’une des portes d’entrée. Troisièmement, le multilatéralisme pragmatique : porter dans les instances onusiennes et auprès des partenaires bilatéraux une position africaine fondée sur le droit international, la désescalade et la protection des civils, sans renoncer à défendre les intérêts économiques du continent.
L’APA à Lomé : bâtir une réponse à trois étages
La Conférence ministérielle extraordinaire doit déboucher sur un cadre opérationnel articulé autour de trois piliers.
Le pilier économique vise à amortir le choc. Il s’agit d’accélérer la mise en œuvre de la ZLECAf pour réduire la dépendance aux marchés extérieurs, de constituer des stocks régulateurs de produits pétroliers et de céréales à l’échelle sous-régionale, et de plaider pour des mécanismes de financement compensatoire auprès des institutions de Bretton Woods lorsque les termes de l’échange se dégradent brutalement.
Le pilier sécuritaire entend prévenir la contagion. L’APA plaide pour le renforcement des capacités africaines de médiation et de maintien de la paix, l’échange de renseignements sur les flux illicites et la sécurisation des infrastructures critiques. Le Togo, fort de son expérience dans la facilitation des dialogues régionaux, propose de mettre son expertise et ses canaux diplomatiques au service d’une désescalade inclusive.
Le pilier diplomatique consiste à parler d’une seule voix. Lomé défend l’adoption d’une déclaration commune de principes : respect de la souveraineté des États, protection des populations civiles, rejet du terrorisme sous toutes ses formes, et appel à un cessez-le-feu immédiat assorti d’un processus politique crédible. L’objectif est d’éviter la fragmentation du continent et de transformer la crise en opportunité pour affirmer le leadership africain dans la gouvernance mondiale.
Faure Gnassingbé : une diplomatie de la stabilité dans un monde en turbulence
Le choix de Lomé pour abriter cette session extraordinaire n’est pas fortuit. Il consacre la constance d’une diplomatie togolaise qui privilégie la discrétion efficace à la gesticulation. Sous le leadership de *SEM Faure Gnassingbé*, le Togo s’est imposé comme un facilitateur reconnu sur des dossiers complexes, du Sahel au Golfe de Guinée. Cette posture, adossée à la stabilité intérieure et à la crédibilité du pays sur les questions de paix et de sécurité, donne à la voix du Président du Conseil une portée particulière.
En convoquant l’APA sur la crise du Moyen-Orient, Faure Gnassingbé rappelle que l’Afrique n’est plus à la périphérie des grandes affaires du monde. Elle en subit les conséquences, mais elle entend désormais en influencer le cours. Il s’agit de passer d’une diplomatie de réaction à une *diplomatie d’anticipation*, capable de protéger les populations, de sécuriser les économies et de faire respecter un ordre international fondé sur le droit.
Lomé n’offre pas de solutions miracles. Elle propose une méthode : celle de la concertation africaine, du pragmatisme et de la responsabilité. À l’heure où les blocs se durcissent, l’APA, sous l’impulsion du Togo, trace une troisième voie : celle d’un continent qui assume ses intérêts, défend ses valeurs et contribue à la paix mondiale sans renoncer à lui-même.

