Vendredi 10 avril 2026, le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, a accordé une audience à Lomé au président de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), Hilarion Etong. Cette rencontre intervient dans le prolongement direct de la 17e Conférence des Présidents d’Assemblée et de Section de la Région Afrique de l’APF, achevée la veille dans la capitale togolaise. Elle s’inscrit surtout dans le cadre du mandat de médiation confié au chef de l’exécutif togolais par l’Union africaine pour tenter de désamorcer la crise entre la République démocratique du Congo et le Rwanda.
Dr Hilarion Etong, également Premier Vice-président de l’Assemblée nationale du Cameroun et Vice-président du Parlement de la CEMAC, est venu rendre compte des travaux de Lomé et partager les préoccupations des parlements francophones africains. Les échanges avec le médiateur de l’Union africaine ont porté sur plusieurs foyers de tensions qui traversent l’espace francophone du continent. Le Sahel, confronté à une instabilité persistante, et la situation en République démocratique du Congo ont occupé une place centrale dans les discussions.
L’audience illustre la convergence recherchée entre deux canaux de résolution des crises. D’un côté, la médiation de haut niveau portée par les chefs d’État et de gouvernement sous l’égide de l’Union africaine. De l’autre, la diplomatie parlementaire, portée par l’APF, qui revendique une capacité d’écoute du terrain, une légitimité représentative et une agilité pour compléter l’action des exécutifs.
Point d’orgue de l’entretien : la remise au Président du Conseil d’un rapport détaillé élaboré par l’APF sur la situation sécuritaire en République démocratique du Congo. Ce document synthétise les constats et perceptions recueillis par deux délégations de l’institution parlementaire lors de missions effectuées dans le pays. Selon Dr Etong, l’objectif est de mettre à la disposition du médiateur de l’Union africaine des éléments d’analyse tirés du contact direct avec les populations, les acteurs locaux et les institutions parlementaires congolaises.
Cette démarche traduit une méthode défendue par l’APF. Les parlements ne se limitent pas à adopter des résolutions. Ils documentent, observent et proposent, en s’appuyant sur des missions d’information et d’évaluation. En transmettant ce rapport à Faure Gnassingbé, l’APF entend nourrir la compréhension fine de la crise et contribuer à l’élaboration de pistes de sortie crédibles, ancrées dans les réalités du terrain.
Au-delà du cas congolais, le président de l’APF a plaidé pour un changement de paradigme. À ses yeux, les assemblées législatives doivent jouer un rôle accru dans la prévention et la gestion des conflits en Afrique. Cette revendication s’appuie sur trois arguments. D’abord, la proximité des députés avec les citoyens leur permet de capter les signaux faibles des tensions communautaires, foncières ou identitaires. Ensuite, leur fonction de contrôle de l’action gouvernementale les positionne comme garants de l’équilibre des pouvoirs, facteur de stabilité. Enfin, leur appartenance à des réseaux interparlementaires comme l’APF ou le Parlement de la CEDEAO offre des canaux de médiation discrets et complémentaires.
Dr Etong a ainsi appelé à une articulation plus systématique entre dirigeants politiques et parlementaires dans les efforts de paix et de stabilité. L’idée n’est pas de substituer la diplomatie parlementaire à la diplomatie des chefs d’État, mais de l’y associer plus étroitement, en amont et en aval des crises.
Cette audience s’inscrit dans une séquence diplomatique particulièrement active pour le Togo. La 17e Conférence des Présidents d’Assemblée de la Région Afrique de l’APF, tenue du 7 au 9 avril, avait déjà acté plusieurs décisions fortes. Condamnation des prises de pouvoir anticonstitutionnelles, mission à venir de la Région Afrique de l’APF dans les États du Sahel et en Guinée-Bissau, soutien à la candidature du Sénégal à la Première Vice-présidence de l’APF. La venue du président de l’APF chez le médiateur de l’Union africaine prolonge cette dynamique et ancre Lomé comme lieu de convergence entre les agendas institutionnels francophones et les urgences sécuritaires du continent.
La rencontre entre Faure Gnassingbé et Hilarion Etong symbolise l’émergence progressive d’une architecture africaine de paix plus inclusive. Elle associe les chefs d’État médiateurs, les organisations régionales, et désormais de manière plus affirmée les parlements. En remettant un rapport de terrain sur la RDC et en plaidant pour une diplomatie parlementaire décomplexée, l’APF démontre sa volonté de peser. Reste à transformer cet élan en mécanismes permanents de consultation et d’action conjointe. La crédibilité de cette approche se mesurera à sa capacité à prévenir les crises avant qu’elles n’éclatent et à accompagner les solutions politiques sur la durée.

