Du 7 au 9 avril 2026, Lomé a été la capitale du parlementarisme francophone africain. À l’invitation de la Section togolaise de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), la 17e Conférence des Présidents d’Assemblée et de Section de la Région Afrique a réuni 15 délégations nationales et le Parlement de la CEDEAO pour trois jours de travaux denses, marqués par l’examen des crises régionales, la promotion de l’employabilité des jeunes et la redéfinition du rôle des parlements dans un ordre mondial en recomposition.
Une Forte Mobilisation des Parlements Francophones d’Afrique
Seize délégations ont pris part aux assises : Bénin, Cameroun, Centrafrique, Congo, République démocratique du Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Ghana, Guinée, Guinée équatoriale, Maroc, Mauritanie, Sénégal, Tchad, Togo, ainsi que le Parlement de la CEDEAO. Cette participation illustre l’attractivité croissante de la Région Afrique de l’APF comme espace de dialogue politique et de coordination parlementaire, dans un contexte où les équilibres géopolitiques se redessinent et où l’exigence démocratique reste au cœur des attentes citoyennes.
Cérémonie d’Ouverture : Appel à une Diplomatie Parlementaire d’Influence
La cérémonie d’ouverture a donné le ton des débats. Madame Germaine Kouméalo Anaté, Députée et Présidente de la Commission permanente des relations extérieures et de la coopération à l’Assemblée nationale du Togo, a souhaité la bienvenue aux délégations au nom de la Section togolaise. Elle a salué l’importance de cette rencontre pour le renforcement de la coopération interparlementaire.
Lui succédant, Monsieur Hilarion Etong, Président de l’APF, a remercié les autorités togolaises pour la qualité de l’accueil et de l’organisation. Il a dressé un constat lucide des défis auxquels font face les parlements africains. Dans un environnement international incertain, il a plaidé pour une diplomatie parlementaire francophone plus politique, plus réactive et plus visible, capable de peser sur les processus de décision et de prévention des crises.
Le Professeur Komi Selom Klassou, Président de l’Assemblée nationale du Togo, a officiellement ouvert les travaux. Il a réaffirmé l’engagement constant de l’APF en faveur de la consolidation des valeurs démocratiques et de l’accompagnement des réformes institutionnelles. Il a appelé à une diplomatie parlementaire africaine plus influente et plus active, présentée comme une réponse aux crises et aux défis que traverse la région.
Rapport d’Activité : Bilan et Clarifications
Les travaux ont débuté par l’examen du rapport d’activité de la Région Afrique. La Conférence a pris acte de la participation des parlementaires africains aux réunions statutaires de l’APF, aux missions politiques et électorales, ainsi qu’aux actions de coopération menées avec les partenaires. À la demande de la section du Bénin, un point de clarification a été introduit sur la situation électorale et politique du pays, afin d’assurer une présentation conforme aux réalités observées sur le terrain. Cette démarche traduit la volonté des parlementaires de fonder leurs analyses sur des faits vérifiés et de préserver la crédibilité de l’institution.
Situations Politiques et Sociales : Entre Vigilance et Solidarité
Les échanges sur les situations politiques et sociales dans l’espace francophone africain ont constitué le cœur des débats. La Conférence s’est félicitée du bon déroulement de certains processus électoraux, notamment en République Centrafricaine, en République gabonaise et en République de Guinée. Elle a toutefois appelé à la vigilance face aux défis persistants qui fragilisent plusieurs États.
À l’issue des discussions, sept décisions majeures ont été actées. La Conférence réaffirme son attachement aux principes démocratiques et condamne toute prise de pouvoir par des moyens anticonstitutionnels. Elle poursuit son engagement en faveur de la paix, de la sécurité et de la stabilité dans l’espace francophone africain. Elle entend intensifier la diplomatie parlementaire à travers des actions politiques concrètes et un suivi renforcé dans les pays concernés. Une mission de la Région Afrique de l’APF sera diligentée dans les États du Sahel et en Guinée-Bissau. La solidarité entre les sections africaines sera renforcée, notamment en matière de prévention des conflits. Enfin, une déclaration a été adoptée appelant à la cessation des tensions et des violences à travers le monde, en faveur d’une coexistence pacifique entre les peuples.
Le Modèle Togolais d’Employabilité des Jeunes Présenté en Exemple
La Section togolaise a partagé son expérience en matière de promotion de l’employabilité des jeunes. Le Docteur Arthur Lilas Trimua, Ministre délégué chargé de la Promotion des investissements et de la souveraineté économique, a présenté un modèle de gouvernance collaborative associant l’Assemblée nationale, le Gouvernement et le secteur privé. La Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA) a été citée comme illustration concrète de cette synergie. Une visite de terrain de la PIA était prévue pour permettre aux délégations de mesurer les résultats en termes de création d’emplois et d’industrialisation. Cette séquence a mis en lumière le rôle que peuvent jouer les parlements dans l’accompagnement des politiques publiques de jeunesse et d’emploi.
Cap sur la 32e Assemblée Régionale Afrique à Dakar
La Conférence a défini les thèmes du débat général de la 32e Assemblée régionale Afrique, prévue les 18 et 19 mai 2026 au Sénégal. Deux sujets ont été retenus. Le premier porte sur les crises internationales et la souveraineté africaine, avec une interrogation centrale : quelle implication des parlements dans la gouvernance stratégique et la sécurité collective. Le second aborde la situation au Proche et au Moyen-Orient et la recomposition géopolitique, en questionnant le rôle des parlements africains dans la préservation de la stabilité et la promotion d’une paix durable. Ces thèmes confirment la volonté des parlementaires africains de sortir d’une posture réactive pour investir le champ de l’anticipation stratégique.
Vie Institutionnelle de l’APF : Règles, Cotisations et Ambitions
Les participants ont rappelé les principales dispositions du nouveau Règlement de la Région Afrique adopté à Cotonou lors de la 31ème Assemblée régionale Afrique, du 2 au 4 juin 2025. La Conférence a encouragé la participation active des sections africaines aux activités statutaires de l’APF prévues en 2026 et a invité les sections à honorer leurs engagements financiers au titre des cotisations, condition de l’autonomie et de l’efficacité de l’institution.
Sur le plan politique, une position consensuelle a été adoptée en faveur de la candidature de la Section sénégalaise au poste de Premier Vice-Président de l’APF en juillet 2026, avec vocation à accéder à la Présidence de l’APF en juillet 2028. Cette décision traduit une logique de rotation et de solidarité régionale, tout en préparant l’avenir de la gouvernance de l’APF.
Prochaine Étape : Libreville 2027
La Conférence a pris note de la volonté de la section gabonaise d’accueillir la 18e Conférence des Présidents en 2027. La confirmation interviendra à Dakar, lors de la 32e Assemblée régionale.
Conclusion : Lomé Donne le Signal d’un Parlementarisme Africain Plus Assertif*
La 17e Conférence de Lomé marque une étape importante dans l’affirmation d’une diplomatie parlementaire africaine qui refuse la marginalité. En condamnant les ruptures anticonstitutionnelles, en diligentant des missions dans les zones de crise, en valorisant les modèles économiques qui créent de l’emploi et en portant la candidature du Sénégal à la tête de l’APF, les présidents d’assemblée ont envoyé un message de responsabilité et d’ambition. Dans un monde où les parlements sont appelés à contrôler, légiférer et aussi à peser sur la paix, la Région Afrique de l’APF entend jouer pleinement son rôle. Le rendez-vous de Dakar en mai 2026 dira si cette dynamique se transforme en influence durable.

