Réunis dans la capitale togolaise sous la présidence de SEM Faure Essozimna Gnassingbé, Président du Conseil, et en présence de SEM Julius Maada Bio, Président de la Sierra Leone et Président en exercice de la CEDEAO, 22 pays africains et du Moyen-Orient, l’Union africaine et la CEA-ONU ont clos ce jeudi la *Conférence ministérielle extraordinaire de l’Alliance Politique Africaine.
Dans une Déclaration finale de 30 points, ils ont dressé le diagnostic d’une crise lointaine aux effets immédiats sur l’Afrique et tracé une feuille de route : renforcer la résilience, parler d’une seule voix et bâtir une autonomie stratégique.
1. Un constat de vulnérabilité : la crise du Moyen-Orient frappe l’Afrique de plein fouet
Les ministres se disent « profondément préoccupés » par l’aggravation des tensions au Moyen-Orient. Pour l’APA, il ne s’agit pas d’une crise étrangère.
La Déclaration identifie trois canaux d’impact direct :
Économique : perturbations des chaînes d’approvisionnement, volatilité des marchés énergétiques, pressions inflationnistes et instabilité des changes qui menacent la stabilité de plusieurs États.
Alimentaire : les blocages venus du Golfe affectent l’accès aux intrants agricoles, fragilisent la production et font planer le risque d’une aggravation de l’insécurité alimentaire et de tensions sociales.
Sécuritaire : expansion des menaces transnationales, risque de déstabilisation régionale et intensification de la compétition entre puissances extérieures. La proximité géographique entre l’Afrique et le Moyen-Orient fait de cette crise « un danger pour la sécurité et l’équilibre du continent ».
2. La réponse de Lomé : bâtir la résilience et la souveraineté
Face à ces chocs, l’APA ne prône ni repli ni fatalisme. Elle appelle à une « réponse africaine structurée » articulée autour de 7 priorités :
1. Résilience économique : accélérer la diversification, l’industrialisation, le commerce intra-africain et la mise en œuvre de la ZLECAf.
2. Souveraineté énergétique : développer les infrastructures, les capacités de raffinage, les énergies renouvelables et les interconnexions régionales.
3. Sécurité alimentaire : investir dans l’agriculture, la transformation agroalimentaire et constituer des réserves stratégiques régionales.
4. Coopération monétaire et financière : renforcer les mécanismes africains pour mieux absorber les crises internationales.
5. Sécurité hybride : adapter les dispositifs africains au terrorisme, à la cybersécurité, à la désinformation et à la protection des infrastructures critiques.
6. Vigilance et anticipation : activer les mécanismes d’alerte précoce dans les zones frontalières au Moyen-Orient et renforcer la capacité de réaction.
7. Autonomie stratégique : l’APA « invite les États africains à aller vers la construction d’une autonomie stratégique africaine en matière de défense et de sécurité », en écho aux recommandations de la conférence de juin 2025 à Lomé.
L’objectif n’est pas l’autarcie, mais « réduire les dépendances excessives et accroître la capacité collective d’action ».
3. Paix et désescalade : l’Afrique se pose en force de médiation
Sur le plan diplomatique, la Déclaration est ferme et équilibrée.
L’APA « lance un appel à la retenue maximale », « condamne les violences contre les populations civiles » et rappelle que « les solutions militaires seules ne sauraient garantir une paix durable ». Le dialogue doit rester au cœur.
Elle salue les efforts des États-Unis et de l’Iran, ainsi que la médiation du Pakistan, du Qatar et d’Oman, notamment après le Mémorandum d’accord du 17 juin 2026. Elle encourage un dialogue « plus inclusif » et appelle à préserver la sécurité des espaces maritimes stratégiques : détroit d’Ormuz, Bab el-Mandeb, mer Rouge, canal de Suez. Des « biens communs de l’humanité » dont la sûreté conditionne la stabilité économique mondiale.
4. Afrique – Moyen-Orient : vers un cadre de dialogue
Innovation majeure de Lomé : la décision de « travailler à la mise en place d’un Cadre de dialogue stratégique Afrique-Moyen-Orient ». L’objectif est d’institutionnaliser les consultations sur la paix, la sécurité, l’énergie, l’agriculture et le commerce.
La présence des États du Moyen-Orient à cette conférence est saluée comme ayant « jeté les bases de concertations structurées » entre les deux régions. L’APA réaffirme ainsi son attachement aux principes de la Charte de l’ONU et de l’Acte constitutif de l’UA : souveraineté, non-ingérence, règlement pacifique des différends.
La Déclaration conclut en saluant « le leadership de la République togolaise » dans l’organisation de cette rencontre et son engagement constant pour le dialogue et la coopération.
En décidant de « rester saisis de l’évolution de la crise », les ministres de l’APA font de Lomé une plateforme de veille et de coordination continentale.
Avec cette Déclaration, l’Alliance Politique Africaine sort du communiqué de circonstance. Elle propose une doctrine : mesurer les risques avec lucidité, réduire les vulnérabilités par la résilience, défendre les intérêts africains avec souveraineté et contribuer à la paix par la responsabilité.
Le message adressé au monde est clair : l’Afrique ne subira plus les crises globales. Elle entend les anticiper, s’en protéger et y répondre par une voix unie.

