Le Centre Togolais des Expositions et Foires de Lomé a pris, ce lundi 14 avril 2026, les couleurs du 7ᵉ art. Sous le haut patronage du ministère de la Culture et du Tourisme, le Festival International du Film du Togo a lancé sa 12ᵉ édition dans une atmosphère à la fois solennelle et populaire. Trois jours durant, la capitale togolaise devient un carrefour de projections, de négociations et de débats, où le cinéma africain et international se donne rendez-vous.
L’édition 2026 s’est placée d’emblée sous le signe du « Dialogue des cultures : filmer le monde, relier les peuples ». Le thème n’est pas un habillage. Il traduit une orientation géopolitique et esthétique assumée. En choisissant la République populaire de Chine comme pays invité spécial et le Sénégal comme pays à l’honneur, le FIFTO affirme sa vocation de plateforme Sud-Sud et Sud-Nord. Le ministre de la Culture et du Tourisme l’a rappelé à la tribune. Un film est une ambassade sans visa, capable de traverser les frontières et de révéler l’universel dans le particulier. En conviant Pékin et Dakar, Lomé dit que l’Afrique dialogue avec toutes les civilisations, sans complexe et sans reniement.
La présence chinoise est dense et structurée. Conduite par le vice-ministre de l’Administration nationale du cinéma et l’ambassadeur de Chine au Togo, la délégation a apporté une rétrospective composée de longs métrages, de documentaires, de films d’animation et d’œuvres patrimoniales restaurées. Des masterclass tenues par des producteurs de Beijing et Shanghai abordent les questions concrètes de coproduction, de distribution numérique et d’effets spéciaux. Cette séquence s’inscrit dans l’accord de coopération culturelle sino-togolais renouvelé en 2024, qui prévoit la formation de techniciens togolais à la Beijing Film Academy, l’équipement numérique du Centre national du cinéma et de l’image animée, et la mise en place d’un fonds de coproduction Afrique-Chine. Le FIFTO 2026 devrait concrétiser ce rapprochement par des signatures entre studios chinois et producteurs togolais.
Nation matrice du cinéma africain, le Sénégal reçoit un hommage appuyé. De Sembène Ousmane à Alain Gomis, la trajectoire sénégalaise est convoquée pour éclairer les jeunes générations. La carte blanche accordée au Centre Yennenga et au FOPICA a permis de bâtir une sélection allant des classiques aux créations contemporaines. Les tables rondes prévues traitent de l’économie du film en Afrique de l’Ouest et de l’archivage du patrimoine audiovisuel. La ministre sénégalaise de la Culture, présente à Lomé, a salué un acte de fraternité cinématographique, tandis que des projets de tournages croisés Lomé-Dakar et des résidences d’écriture communes ont été annoncés.
La compétition officielle reflète l’envergure prise par le festival. Le comité de sélection a retenu 118 films venus de 34 pays répartis sur cinq continents. Les longs métrages de fiction, les documentaires centrés sur les récits écologiques et les mémoires postcoloniales, les courts métrages issus notamment de la section FIFTO Talents, les séries et webcréations du Village digital, ainsi que le cinéma d’animation avec un atelier tripartite Chine-Togo-Sénégal, composent une programmation exigeante. Le Togo y figure avec 11 œuvres, signal d’une industrie locale qui se structure autour du CNCIA, du Fonds d’aide à la production et des studios privés de Lomé et Kara.
Au-delà de l’écran, le FIFTO 2026 muscle son versant professionnel. Le FIFTO Pro réunit diffuseurs, distributeurs, plateformes et bailleurs. La Bourse Lomé Cinéma met en compétition dix projets en développement devant un jury international, le Forum de la Coproduction organise des rencontres B2B entre producteurs africains, chinois et européens, et les Ateliers FIFTO forment 120 jeunes techniciens au scénario, à la direction photo, au montage et à la distribution numérique. L’objectif est explicite. Passer de la vitrine à la filière, du festival à l’industrie.
Pour accueillir cette dynamique, le CETEF s’est mué en véritable cité du cinéma. Salles équipées en DCP et 4K, écran géant en plein air pour le Ciné pour tous, Village des métiers techniques, Pavillon Chine, Pavillon Sénégal, espace enfants. Huit mille élèves de Golfe et Agoè-Nyivé bénéficient de projections scolaires gratuites, et une billetterie sociale fixe le tarif grand public à 500 FCFA. Le cinéma sort des cercles initiés et va vers la ville.
L’arrière-plan de cette édition est politique et économique. L’Afrique revendique sa souveraineté narrative. Il ne s’agit plus seulement de filmer le continent, mais de financer le continent qui filme. Fiscalité incitative, lutte contre le piratage, rémunération équitable sur les plateformes, circulation intra-africaine des œuvres : les débats du FIFTO posent les conditions d’une économie créative viable. Le Délégué général, Kodjo Afanou, le dit sans détour. Un film, c’est de l’emploi, du tourisme, de la diplomatie. C’est du soft power et du PIB.
En accueillant cette édition, le Togo confirme son ambition de faire de Lomé un hub ouest-africain du cinéma. Stabilité, connectivité aérienne et numérique, infrastructures du CETEF, incitations fiscales en préparation : les atouts s’alignent. La signature annoncée d’un protocole FIFTO-FESPACO-Carthage dessine déjà un circuit festivalier intégré, avec harmonisation des calendriers et passerelles pour les œuvres primées.
Jusqu’au 16 avril, Lomé projette le monde et se projette dans le monde. Entre la Chine et le Sénégal, entre l’auteur et l’industrie, entre la salle et le digital, le FIFTO 2026 fait un pari. Que le cinéma soit le lieu où l’Afrique dialogue d’égal à égal, produit ses images et exporte ses imaginaires.

