Ils redonnent la marche, la main, la dignité. Mais ils n’ont ni statut, ni place dans la fonction publique. Depuis ce 3 novembre à Lomé, une conférence régionale veut réparer cette injustice.
Ils sont les invisibles de la santé. On les croise rarement dans les grands discours, jamais dans les organigrammes. Pourtant, sans eux, une prothèse n’est qu’un morceau de plastique. Sans eux, un enfant amputé ne remarche pas, un accidenté ne reprend pas le travail.
Eux, ce sont les orthoprothésistes. Et à Lomé, on a décidé qu’il était temps de les reconnaître.
Depuis ce 3 novembre 2026, la capitale togolaise accueille une conférence régionale d’une portée inédite, consacrée à l’avenir de la réadaptation physique en Afrique francophone. Son thème dit tout : « La reconnaissance du métier des orthoprothésistes et leur intégration dans la fonction publique : évolutions, défis et perspectives ».
Derrière cette formule technique, un enjeu humain immense : des millions de personnes en situation de handicap en Afrique francophone n’ont toujours pas accès à des services de réadaptation de qualité, faute de professionnels formés et reconnus.
Un lancement à la hauteur de l’enjeu
La cérémonie d’ouverture, tenue à l’hôtel Sancta Maria, avait des allures de sommet. Autour de la table : le ministre de la Santé, Jean-Marie Koffi Ewonoule TESSI, le ministre délégué de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, le représentant du ministre des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’Enfance, la cheffe de délégation du CICR au Togo, ainsi que des experts venus de toute la sous-région.
Cinq allocutions ont marqué la cérémonie. Mais c’est celle du ministre TESSI, qui a officiellement lancé les travaux au nom du Gouvernement, qui a donné le ton.
« Lorsque la solidarité internationale rencontre la volonté politique des États et les compétences des institutions nationales, elle devient une véritable force de transformation sociale », a-t-il déclaré, saluant l’engagement du Comité international de la Croix-Rouge, porteur du projet avec l’École nationale des auxiliaires médicaux (ENAM) et l’Université de Lomé.
Puis, le ministre a tranché : « La réadaptation physique ne saurait plus être considérée comme une prestation accessoire, réservée à quelques structures spécialisées. Elle doit trouver toute sa place dans le continuum des soins et dans les priorités de nos politiques de santé publique. »
Une phrase qui change tout. Elle signifie que la réadaptation n’est plus un luxe, mais un droit, au même titre que la chirurgie ou la vaccination.
Le PERAF, le projet qui structure
Cette conférence n’est pas une simple rencontre. Elle marque le lancement officiel du PERAF, le Projet d’éducation à la réadaptation pour l’Afrique francophone.
Son ambition : créer un master en sciences des prothèses et orthèses, qui formera des étudiants venus de toute l’Afrique francophone. À terme, ils deviendront des experts cliniciens ou des formateurs, capables de faire grandir la filière sur tout le continent.
Le Togo n’est pas choisi par hasard. Il devient le pôle de formation de la sous-région.
Pour le ministre TESSI, cette ambition s’inscrit dans la vision du Président du Conseil, Faure Essozimna GNASSINGBE : Protéger, Rassembler et Transformer. Protéger les plus vulnérables, rassembler les ministères autour d’un même objectif, transformer un métier oublié en pilier de la santé publique.
Il a d’ailleurs appelé à une synergie renforcée entre Santé, Enseignement supérieur et Solidarités, et souhaité que la conférence débouche sur des propositions réalistes, des feuilles de route nationales claires, avec des responsabilités précises et un suivi.
À Lomé, on ne parle plus seulement de prothèses. On parle de reconnaissance, de statut, de dignité professionnelle. Et à travers ces professionnels, c’est la dignité de millions de personnes en situation de handicap que l’Afrique veut enfin garantir.

