Face à des greniers pleins mais sans acheteurs, le gouvernement ordonne à l’ANSAT de racheter 12 841 tonnes de céréales. Une opération de sauvegarde agricole qui révèle en creux les failles du marché.
C’est le paradoxe de l’abondance. Alors que les greniers débordent dans toutes les régions, des milliers de producteurs togolais se retrouvent incapables d’écouler leurs récoltes. Pour éviter l’effondrement des prix bord-champ et la ruine des exploitants, le gouvernement sort le chéquier.
2,6 milliards de FCFA viennent d’être injectés* dans les caisses de l’Agence Nationale de Sécurité Alimentaire du Togo (ANSAT) avec une mission claire : racheter *12 841 tonnes* de céréales directement auprès des producteurs.
Le panier est large : maïs, sorgho, riz paddy, mil, haricot et gari. Soit l’ossature même de l’alimentation nationale.
Pour le Directeur Général de l’ANSAT, Atoulelou Kpatcha, l’opération n’est pas une simple mesure commerciale. C’est une directive politique du Président du Conseil : « Le travail des producteurs doit être payé à sa juste valeur. »
Plus qu’un achat, un amortisseur
Cette intervention n’est pas une première. En 2025 déjà, l’ANSAT avait mené une opération similaire dans les Savanes, région particulièrement exposée aux aléas climatiques et logistiques.
Mais l’Agence se veut prudente sur son rôle. Elle ne veut pas devenir un commerçant d’État qui casserait le marché. Son discours est celui d’un régulateur : s’insérer dans les circuits existants, pas s’y substituer.
En réalité, l’ANSAT joue son rôle originel d’amortisseur stratégique. Les 12 841 tonnes rachetées ne vont pas pourrir. Elles vont constituer le stock de sécurité national, celui qui sera déstocké et revendu à prix social à la population en cas de soudure difficile ou de flambée des prix.
En clair : l’État achète aujourd’hui au producteur pour ne pas le ruiner, pour revendre demain au consommateur pour ne pas l’affamer.
Une double équation qui pose une question de fond : comment connecter durablement la surproduction de certaines zones à la demande réelle, sans que l’État ne soit obligé de jouer les pompiers chaque saison ?
Launetogo

