L’image n’est plus une preuve. Une vidéo n’est plus un témoignage. A l’ère de l’Intelligence Artificielle, la vérité elle-même est devenue un champ de bataille.
C’est le constat alarmant qui a réuni ce lundi et ceux pour deux jours à l’UniPod de l’Université de Lomé, journalistes, acteurs des réseaux sociaux et responsables institutionnels. Une rencontre stratégique organisée par le Centre de Droit Public de l’Université de Lomé et la Haute Autorité de Régulation de la Communication écrite, audiovisuelle et du Numérique (HARC), consacrée à l’IA, aux fake news et au fact-checking.
Ouvrant les travaux, le Directeur de Cabinet Yao ABARIM a donné le ton avec une citation forte de Françoise Seligmann :
« La démocratie ne peut pas davantage se passer de la vérité qu’elle ne peut se passer du peuple. »
Pour lui, cette réflexion place au coeur du débat l’urgence du moment.
« Comment vivre dans un monde où nous ne sommes plus toujours en mesure de savoir si, lorsque nous faisons défiler notre téléphone au réveil, l’information qui nous est communiquée est vraie ou fausse ? », a-t-il interrogé, avant d’avertir : « Le danger n’est pas une menace lointaine. Il est déjà là. Et les nouvelles technologies, notamment l’Intelligence Artificielle, lui donnent aujourd’hui une puissance et une portée nouvelles. »
L’exemple glaçant des manifestations de juin 2025
Pour illustrer son propos, Yao ABARIM est revenu sur un cas concret qui a marqué le Togo. Lors des manifestations des 6, 26, 27 et 28 juin 2025, de nombreuses fausses informations, dont certaines générées par IA, ont inondé les médias et les réseaux sociaux.
« Plusieurs journaux et comptes ont publié des images falsifiées ou détournées, comportant des termes et des visuels susceptibles de porter atteinte aux principes fondamentaux de la communication et des propos injurieux à l’encontre des forces de l’ordre et de sécurité, qualifiées de manière outrancière, de « chiens enragés » », a-t-il rappelé.
L’enquête de la HARC a révélé l’ampleur de la manipulation : une image choquante présentée comme une victime de violences au Togo n’avait en réalité aucun lien avec les manifestations. Elle avait déjà été publiée le 1er juin 2025 et provenait d’une scène survenue dans l’Etat de Cross River au Nigeria.
« Cet exemple nous rappelle une chose essentielle : à l’ère du numérique, une information largement partagée n’est pas nécessairement une information vraie », a martelé le Directeur de Cabinet.
Vérifier avant de partager : la méthode BRIDGE au coeur de la formation
Face à cette sophistication inédite où l’IA peut désormais combiner texte, image et voix pour créer une réalité qui n’existe pas, comment réagir ? La rencontre ne s’est pas contentée de constats.
Étaient présents lors de la cérémonie d’ouverture, le Colonel FIOMAGNE responsable d’ UniPod et Kafu HOUNAKE, tous deux facilitateur de Bridge, de même que M. KLEVOR, Conseil Technique du ministre de la Communication et des Médias.
Pour M. HOUNAKE, « A l’UniPod, la HARC et l’Université de Lomé forment les acteurs du numérique à déjouer les fake news générées par l’IA, avec des outils concrets de fact-checking pour garantir une information vérifiée. »
L’objectif de cet atelier est d’ apprendre à utiliser les réseaux sociaux de manière stratégique, efficace et responsable, dans le respect des principes démocratiques.
Pour Yao ABARIM, la solution ne peut pas être une vérité d’Etat. « La lutte contre la désinformation ne doit pas conduire à une situation dans laquelle les institutions de régulation seraient perçues comme des arbitres absolus de la vérité. Elle doit reposer sur des méthodes transparentes, vérifiables, contradictoires et fondées sur des faits. »
Il insiste sur l’urgence d’agir sur trois fronts : l’éducation et l’esprit critique, l’autorégulation des grandes plateformes numériques et le renforcement des compétences de tous les maillons de la chaîne de l’information.
« En partageant une publication, en relayant une vidéo, nous pouvons contribuer à la diffusion d’une information fiable comme nous pouvons participer à la propagation d’une fausse information. Notre responsabilité est donc engagée », a-t-il conclu. « Il nous faut développer les bons réflexes : vérifier avant de partager, croiser les sources avant de croire et questionner avant de relayer. »
Un message clair : l’Intelligence Artificielle est une formidable opportunité, mais c’est à nous de décider si elle servira à construire ou à déstabiliser.
Launetogo

