C’est une offensive diplomatique et économique d’envergure. Du 9 au 16 octobre 2026, le Président du Conseil, *Faure Essozimna Gnassingbé, a effectué une visite de travail en République populaire de Chine, soldée par la signature de quinze accords publics et privés. Une mission qui ambitionne de faire du partenariat sino-togolais un levier direct de croissance, d’investissement et de création d’emplois.
Lomé et Pékin scellent une amitié stratégique
Au cœur du séjour, le volet diplomatique. Reçu par le Président Xi Jinping, le Premier ministre Li Qiang et le président de l’Assemblée populaire nationale Zhao Leji, le Président du Conseil a réaffirmé avec ses interlocuteurs la vision commune d’une « Communauté d’avenir partagé Chine-Togo à l’ère nouvelle ».
Au-delà des formules, la Déclaration conjointe qui a sanctionné les échanges est très explicite : Pékin apporte son soutien aux réformes institutionnelles en cours au Togo et à la mise en œuvre de la Feuille de route gouvernementale 2026-2031. Lomé, de son côté, confirme son ancrage dans la diversification de ses partenariats internationaux.
La mission ne s’est pas limitée à la capitale. Dans le Shaanxi, le Fujian et le Guangdong, trois provinces moteurs de l’économie chinoise, la délégation togolaise a exploré le concret : agriculture intelligente, industrie, recherche océanographique, infrastructures portuaires. Un jumelage est même acté entre la province du Shaanxi et la région de la Kara, avec à la clé des échanges dans l’agriculture, l’énergie et la gestion des ressources naturelles.
Huawei et Ecobank, les deux portes du secteur privé
Si les États tracent la voie, ce sont les entreprises qui devront la faire vivre. C’est tout le sens des deux accords privés majeurs annoncés.
Le premier avec Huawei, géant mondial du numérique. Il doit accélérer la transformation digitale du Togo, avec des projets ciblés sur la connectivité nationale, l’énergie intelligente, les transports et les douanes intelligentes. Objectif : moderniser l’administration, fluidifier les services publics et former des compétences locales.
Le second, tout aussi stratégique, lie le groupe bancaire panafricain Ecobank au système chinois de paiements transfrontaliers CIPS. Concrètement, il va faciliter les transactions directes en renminbi entre la Chine et l’Afrique. Une révolution pour les importateurs et exportateurs togolais qui commercent avec la Chine, qui pourront réduire les coûts et délais liés au dollar.
Soja, dette et industrie : le concret des 15 accords
Les quinze accords couvrent pratiquement tous les secteurs vitaux : agriculture, industrie, commerce, finances, numérique, économie verte, diplomatie, médias et formation.
Deux annonces retiennent particulièrement l’attention :
1. Un protocole d’annulation partielle de la dette* du Togo vis-à-vis de la Chine, qui allège la pression budgétaire.
2. *Un accord phytosanitaire historique pour le soja togolais.* Pékin ouvre officiellement son immense marché au soja du Togo. Une opportunité énorme pour des milliers de producteurs, à condition de respecter les normes de qualité et de traçabilité exigées.
S’y ajoutent la coopération pour le développement du commerce électronique, la facilitation douanière via le programme des Opérateurs Économiques Agréés, la construction d’un nouvel immeuble pour le ministère des Affaires étrangères, et un appui matériel au ministère de la Sécurité.
Cette dynamique s’appuie sur des chiffres qui parlent : le volume des échanges commerciaux est passé de 3,5 milliards de dollars en 2024 (environ 2 050 milliards F CFA) à *5,43 milliards de dollars en 2025 (3 180 milliards F CFA), soit une hausse de 55%*. Plus spectaculaire encore, les exportations togolaises vers la Chine auraient bondi de 250 millions de dollars en 2024 à 1,28 milliard de dollars en 2025.
De la signature à l’emploi, le vrai défi
La visite a tracé la voie. Reste désormais l’épreuve la plus difficile : la mise en œuvre.
Car au-delà de la diplomatie, c’est la capacité du Togo à transformer ces accords en usines, en exploitations agricoles modernisées, en services numériques et en emplois durables qui sera jugée. Les entreprises togolaises, les producteurs de soja, les start-up du numérique sont désormais interpellés.
Les accords sont signés à Pékin, mais c’est à Lomé, à Kara, à Dapaong et dans les PIA que se jouera leur réussite.

