La Faculté de Droit et des Sciences Politiques (FDSP) de l’Université de Kara, à travers son Laboratoire de droit et des sciences politiques (LaDROSPO), a ouvert ce mardi la deuxième édition de ses Journées scientifiques. Deux jours de travaux intensifs qui réunissent enseignants-chercheurs, praticiens du droit, experts des questions sociales et étudiants, autour d’un enjeu contemporain majeur : la protection de l’enfant.
Un thème à la croisée du droit international et des réalités africaines
Placée sous le thème « La protection de l’enfant dans les États d’Afrique noire francophone à l’aune des standards juridiques internationaux », cette édition interroge l’effectivité des instruments normatifs dédiés à l’enfance. Convention internationale des droits de l’enfant, Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, Codes nationaux de l’enfant : l’arsenal existe. Reste la question de sa traduction concrète dans des contextes marqués par la pauvreté, les conflits, les migrations, les pratiques traditionnelles préjudiciables et la faiblesse institutionnelle.
L’ambition affichée est claire : faire des standards internationaux un levier d’action opérationnel, et non un simple horizon déclaratoire, pour garantir à chaque enfant d’Afrique noire francophone une protection réelle, inclusive et adaptée.
Un programme dense : 50 communications et 2 ateliers
Le menu scientifique témoigne de la richesse du débat. Cinquante communications articulées autour de thématiques spécifiques décortiquent les angles juridiques, sociologiques, criminologiques et politiques de la protection de l’enfance. Deux ateliers viendront compléter le dispositif en formulant des pistes de recommandations à l’intention des décideurs publics, des juridictions, des travailleurs sociaux et des organisations de la société civile.
« Ajouter une pierre à l’idéal de la protection de l’enfance »
À l’ouverture des travaux, le Doyen de la FDSP/UK, M. Alemawo Komlan (MCA), a rappelé la vocation utilitaire de la recherche. Les réflexions et recommandations issues de ces journées, a-t-il souligné, « pourront être serviables aux gouvernants pour nourrir la politique nationale de l’enfance ». Et de conclure : « Au terme, qu’il soit reconnu par tous que ces travaux ont ajouté une pierre à l’idéal de la protection des enfants, objectif prioritaire conformément au premier principe du Président du Conseil : protéger ».
L’écart entre la norme et le vécu
Dans sa leçon inaugurale, le Prof. Ayewouadan Akodah a pointé une réalité tenace : « Malgré les textes, conventions et actions, plusieurs enfants sont encore enfermés avec les adultes ». Il existe, selon lui, « un écart de mise en œuvre entre l’ambition normative et la réalité vécue ». La protection de l’enfance, a-t-il insisté, « suppose une justice qui, au-delà de la sanction, procède à la reconstruction de l’individu. C’est aussi une question d’investissement politique dans les institutions » : tribunaux pour enfants fonctionnels, travailleurs sociaux formés, structures d’accueil adaptées, budgetisation conséquente.
Un soutien institutionnel et citoyen
Présidée par le maire adjoint de la commune Kozah 1, M. Tata Batabo, la cérémonie d’ouverture a mis en lumière la convergence entre l’initiative universitaire et la vision du Président du Conseil en matière de droits humains. L’édile a salué une démarche qui « s’intègre à la vision globale de protection des droits de l’enfant ».
La rencontre bénéficie également de l’appui d’organisations de la société civile, dont l’ONG CREUSET Togo, et de personnes de bonne volonté. Leur engagement témoigne de l’importance accordée à la construction d’une société équilibrée, où l’enfant cesse d’être une variable d’ajustement pour devenir un sujet de droit à part entière.
Les Journées scientifiques de la FDSP/Kara rappellent une vérité fondamentale : proclamer les droits ne suffit pas. Encore faut-il les garantir, les rendre justiciables, les incarner dans des politiques publiques financées, évaluées et portées par une volonté politique constante. En interrogeant la distance entre le droit proclamé et le droit vécu, l’Université de Kara s’affirme comme un laboratoire d’idées au service de l’action publique et de la dignité de l’enfant africain.

