Le Togo s’apprête à célébrer la 49e édition de la Journée nationale de l’arbre. Née en 1977 d’une urgence climatique, l’initiative n’a rien perdu de sa pertinence. Bien au contraire. À l’heure où les sécheresses s’allongent, où les pluies se font capricieuses et où la pression sur les terres s’intensifie, planter un arbre dépasse le geste symbolique. C’est réaffirmer une responsabilité collective.
1977 : une « révolution verte » née de la sécheresse
La genèse de la Journée nationale de l’arbre plonge dans la mémoire des grandes sécheresses de 1972 à 1976. De la Kara à la Mono, du Zio au lac Togo, les cours d’eau s’étaient asséchés, les récoltes anéanties, les sols mis à nu. Face à l’avancée du désert, le Président Gnassingbé Eyadéma fait du 1er juin une date nationale dédiée au reboisement. Il parle alors de « révolution verte au Togo ».
Un pari lancé il y a près d’un demi-siècle. Depuis, des millions de plants ont pris racine, des Savanes à la région Maritime, des Plateaux à la région Centrale. Chaque année, cette journée ouvre la grande campagne de reboisement et rappelle que l’arbre est la première digue contre l’érosion, la chaleur extrême et la perte de fertilité.
Un héritage vert sous pression
49 ans plus tard, le constat est double. La tradition tient. Écoles, collectivités, associations, administrations et citoyens se mobilisent encore chaque 1er juin. Mais l’urgence écologique, elle, s’est accentuée.
Le Togo a perdu plus de 40% de sa couverture forestière en un siècle. Les forêts qui occupaient 67% du territoire au début du XXe siècle n’en couvrent plus que 24,24% aujourd’hui. Les grands massifs comme Misahöhè dans les Plateaux, Akloa ou le Parc national de Fazao-Malfakassa sont devenus des sanctuaires à protéger coûte que coûte.
Sur le littoral, entre Aného et Kpémé, les mangroves jouent un rôle vital. Elles fixent les côtes contre l’érosion marine, filtrent les eaux et nourrissent la pêche artisanale en servant de nurserie aux poissons et crustacés. Les détruire, c’est fragiliser des milliers de moyens d’existence.
Planter, c’est régénérer du vivant et du lien social
Au-delà des chiffres, la Journée nationale de l’arbre garde une portée culturelle forte. Dans les villages comme dans les villes, planter devient un acte d’appartenance. Chaque plant mis en terre est un pacte avec les générations futures.
Les scientifiques le rappellent : un arbre adulte, qu’il s’agisse d’un neem _Azadirachta indica_ ou d’un karité _Vitellaria paradoxa_, produit assez d’oxygène pour deux personnes chaque jour. Il stocke du carbone, rafraîchit l’air, protège les sols et abrite la biodiversité. Dans les villes qui étouffent, il devient une infrastructure naturelle de santé publique.
« Nos ancêtres vivaient avec la forêt. C’est à nous d’en rendre compte à nos enfants. Planter, c’est aussi honorer la mémoire de ceux qui nous ont précédés », martèle la communication officielle. L’idée est simple : la forêt n’est pas un décor. Elle est une mémoire, une pharmacie, une banque alimentaire, un climatiseur naturel.
De la plantation à la préservation : le défi des 49 prochaines années
Le défi n’est plus seulement de planter, mais de faire tenir. Faire tenir les plants face aux feux de brousse, au surpâturage, à l’exploitation illégale du bois. Faire tenir l’engagement citoyen au-delà du 1er juin.
C’est tout l’enjeu aujourd’hui : transformer chaque opération de reboisement en suivi, chaque plant en arbre adulte, chaque action ponctuelle en culture de préservation. Les effets du changement climatique ne laissent plus le luxe de l’inaction. Inondations soudaines, vagues de chaleur, baisse des rendements agricoles : tout renvoie à la santé des écosystèmes.
49 ans après son lancement, la Journée nationale de l’arbre n’est donc pas un rituel figé. C’est un rappel renouvelé. Planter, c’est résister. Préserver, c’est transmettre. Et dans un pays où la terre nourrit encore la majorité des familles, défendre l’arbre, c’est défendre l’avenir.
_Bonne Journée nationale de l’arbre à toutes et à tous. Que chaque plant posé aujourd’hui devienne demain une forêt pour nos enfants._

