Trois jours pour poser les fondations financières d’une décentralisation qui ne soit pas qu’administrative. Le ministère de l’Administration territoriale, de la Gouvernance locale et des Affaires coutumières a lancé ce lundi 11 mai 2026, à Adéticopé dans la commune d’Agoè-Nyivé 6, un atelier national de réflexion consacré à la décentralisation financière. Objectif affiché : bâtir une stratégie nationale capable de doter les collectivités territoriales des ressources humaines, matérielles et surtout budgétaires nécessaires à l’exercice réel de leurs compétences.
Réunis jusqu’au 13 mai, les participants incarnent la diversité des acteurs concernés : institutions de la République, ministères sectoriels, universités de Lomé et de Kara, experts, directeurs centraux et cadres du ministère. Une mobilisation qui, selon Dr Pali Essossinam, directeur de la Décentralisation et des Collectivités locales, traduit l’importance politique accordée à la question. « Cette forte participation montre que la consolidation du processus de décentralisation est désormais une priorité partagée », a-t-il déclaré en ouverture.
Au cœur des échanges, un principe cardinal : il ne saurait y avoir de décentralisation effective sans moyens financiers à la hauteur. Le directeur a rappelé que la loi togolaise consacre cette exigence à travers plusieurs dispositions, notamment les articles 61, 303, 304, 309, 310 et 311. Ces textes posent le cadre d’une gouvernance locale où l’autonomie administrative s’accompagne d’une autonomie financière. « Sans ressources adéquates, la décentralisation demeure une ambition inachevée », a insisté Dr Pali Essossinam.
L’atelier s’inscrit dans la continuité des réformes engagées depuis la relance du processus. Opérationnalisation de l’Agence nationale de formation des collectivités locales, création du Fonds d’appui aux collectivités territoriales, révision du cadre juridique, élaboration de la Politique nationale de décentralisation 2025-2030 : autant de chantiers qui convergent vers un même enjeu, celui de rendre les communes viables et responsables.
La Politique nationale de décentralisation horizon 2025-2030 place le renforcement du cadre financier au centre de l’agenda. Elle prévoit la modernisation de la fiscalité locale, le renforcement des régies financières, l’amélioration de la mobilisation des ressources propres et la consolidation du Fonds d’appui aux collectivités territoriales. L’idée est simple : réduire la dépendance aux transferts centraux, améliorer la prévisibilité budgétaire et donner aux élus locaux la capacité d’investir dans les services de base.
Représentant le ministre de l’Administration territoriale, de la Gouvernance locale et des Affaires coutumières, le secrétaire général Esso Koudjooua a ouvert officiellement les travaux. Dans son allocution, il a rappelé que la décentralisation constitue un choix stratégique des plus hautes autorités pour rapprocher l’administration des citoyens et impulser un développement harmonieux, inclusif et durable. Qualifiant la décentralisation financière de « socle opérationnel de la décentralisation administrative », il a souligné son double effet : renforcer la démocratie de proximité et améliorer la performance et la transparence de la gouvernance locale.
Au-delà du diagnostic, l’atelier vise des livrables concrets. Les participants examineront les mécanismes de péréquation, les modalités d’accès des communes aux ressources, les outils de suivi budgétaire et les incitations à la bonne gestion financière. Les conclusions attendues doivent alimenter des réformes ambitieuses, directement opérationnalisables, au service d’un développement local qui se mesure dans les quartiers et les villages, pas seulement dans les textes.
En rassemblant à Adéticopé les compétences techniques, académiques et administratives, le Togo cherche à verrouiller le maillon faible de la décentralisation : le financement. Car une commune qui maîtrise son budget est une commune capable de planifier, d’investir et de répondre aux attentes immédiates des citoyens.

