Téléphones connectés, réseaux sociaux, intelligence artificielle. Le quotidien des enfants et des jeunes togolais se joue désormais autant en ligne qu’en présentiel. Face à cette réalité, Plan International Togo a réuni ce jeudi à l’UNIPOD de l’Université de Lomé chercheurs, décideurs, acteurs de la société civile et du secteur privé autour d’une journée scientifique entièrement consacrée à la protection des enfants et des jeunes dans l’espace numérique.
L’événement, co-organisé par l’APPRODAF et l’ONG CREUSET TOGO, s’inscrit dans le projet « Space to Lead » financé par Plan Suède à travers l’Agence Suédoise pour le Développement International. Il vise à apporter des réponses concrètes à une menace qui grandit au rythme de la connexion.
Entre opportunités et vulnérabilités
L’analyse situationnelle menée par Plan International Togo dans le cadre de sa Stratégie Pays 2023-2028 rappelle que les enfants togolais continuent de faire face à des défis majeurs. Déscolarisation, violences en milieu scolaire et familial, mariage précoce et forcé, exploitation, traite, faible accès à l’information sur la santé sexuelle. À cela s’ajoute aujourd’hui un nouveau front : le numérique.
Avec l’expansion d’internet, notamment chez les 15-24 ans, les plateformes sont devenues des espaces de socialisation, d’apprentissage et d’expression. Mais elles sont aussi des zones de risques. Atteintes à la vie privée, contenus préjudiciables, cyberharcèlement, exploitation en ligne. Au Togo, les lois sur la cybersécurité et la protection des données existent, mais elles peinent encore à intégrer les spécificités de l’enfance, qu’il s’agisse du consentement numérique, de la responsabilité des plateformes ou de la protection de l’image de l’enfant.
« Space to Lead » pour outiller la société civile
C’est pour répondre à cette urgence que le projet « Space to Lead » a été lancé pour 39 mois dans les préfectures de Binah, Assoli, Wawa et Amou. Porté par Plan International Togo avec dix organisations de la société civile dont CREUSET TOGO et trois organisations de jeunes, il ambitionne de renforcer une société civile dynamique où les enfants et les jeunes, en particulier les filles et jeunes femmes de 10 à 24 ans, sont autonomisés et peuvent exercer pleinement leurs droits.
La composante protection de l’enfant du projet a ainsi permis de financer cette journée scientifique. L’objectif est de produire une réflexion de fond, de consolider une doctrine nationale sur le droit du numérique appliqué à l’enfance et de formuler des recommandations capables d’orienter les politiques publiques.
Appel à une mobilisation collective
À l’ouverture des travaux, le Directeur général de la Protection de l’Enfance, Dr Kandalé KONDOH, a insisté sur la nécessité d’agir vite et ensemble. Pour lui, si le numérique est un formidable levier d’apprentissage et d’innovation, il ne doit pas devenir un terrain de risques pour les plus jeunes. Il a plaidé pour une éducation au numérique qui donne aux enfants les outils pour comprendre, pour avoir un esprit critique et pour distinguer les bons usages des pratiques dangereuses.
Les échanges ont porté sur le cadre juridique et les droits fondamentaux face au numérique, sur les enjeux de protection des données et du sharenting, ainsi que sur les infractions en ligne et les stratégies de protection pénale. L’ambition affichée est de renforcer les capacités d’au moins 150 acteurs, de publier les travaux et de bâtir un réseau durable d’experts engagés sur ces questions.
Le gouvernement a rappelé les avancées déjà enregistrées avec les lois sur la cybercriminalité, la protection des données personnelles et la ratification de la Convention de l’Union africaine sur la cybersécurité. Mais Dr KONDOH a reconnu que l’accélération de l’intelligence artificielle et la sophistication des menaces exigent désormais une coordination plus forte entre l’État, les universités, le secteur privé et la société civile.
En refermant cette journée, les participants ont convenu d’une idée simple : protéger les enfants dans l’espace numérique n’est pas une option. C’est la condition pour qu’ils puissent apprendre, créer et s’épanouir en toute sécurité, aussi bien hors ligne qu’en ligne.
La rédaction

