C’est une première qui fait date. Pour la première fois de son histoire, le Togo réalise sur son sol des interventions de chirurgie cardiovasculaire à cœur ouvert. Réunis vendredi 8 mai à l’Hôpital de Référence de niveau 4 Dogta-Lafiè, les responsables de l’institution ont tenu une conférence de presse pour dresser le bilan d’étape de la campagne nationale lancée le 3 mai, sous le Haut Patronage du Président du Conseil.

Une conférence pour rendre des comptes et tracer l’avenir

Face aux professionnels des médias, le médecin Lieutenant-colonel Eyouvei Akata, Directeur général de Dogta-Lafiè, le Professeur Gabriel Ciss, chef de la mission des chirurgiens venus du Sénégal, le Dr Amadou du Burkina Faso, et le médecin Lieutenant-colonel Professeur Machihude Pio, éminent cardiologue togolais, chef du service de cardiologie du CHU Kara et président de la Société de Cardiologie du Togo (SOCART), ont détaillé les contours de cette percée médicale.
À leurs côtés, plusieurs praticiens togolais impliqués dans la chaîne de soins ont témoigné de la mobilisation sans précédent que suscite la campagne, prévue jusqu’au 15 mai. Dans la foulée, Jean-Marie Koffi Ewonoulé Tessi, ministre de la Santé, de l’Hygiène publique, de la Couverture sanitaire universelle et des Assurances, envoyé spécial du Président du Conseil à l’origine de l’initiative, a rappelé la portée stratégique de l’événement.

Huit vies transformées, une expertise qui se transmet
En cinq jours d’activité, huit patients ont été opérés avec succès. Pontages coronariens, remplacements valvulaires, cures de malformations congénitales : des pathologies lourdes, jusqu’ici synonymes d’évacuations coûteuses ou de renoncement aux soins, sont désormais prises en charge à Lomé, selon les standards internationaux.
Pour le Lt-Col AKATA « L’idée de cette compagne, comme je l’ai dit plus haut est née il y a longtemps, un an et demi à peu près, que l’idée a germé. Et comment cette idée a germé ? On est parti sur le principe du fait que l’hôpital Dogta Lafiè a actuellement un plateau technique qui est presque complet, mais les gens continuent toujours par aller à l’étranger. Pour quelles raisons ils vont à l’étranger ? La réponse était simple, elle était claire. Les gens vont à l’étranger pour se faire opérer du cœur. On a quand même une infrastructure qui est moderne, on a des équipements modernes, on a une belle réanimation ».
La campagne s’appuie sur une coopération sous-régionale assumée. Le Professeur Gabriel CISS et le Dr AMADOU opèrent aux côtés des cardiologues, anesthésistes-réanimateurs et infirmiers spécialisés togolais. Objectif : transférer les compétences, harmoniser les protocoles, sécuriser le suivi post-opératoire. « Des échanges féconds : après Dakar, nous accompagnons sur place les équipes togolaises, comme au Burkina Faso. L’objectif : transmettre le savoir-faire, garantir l’autonomie et éviter aux patients des évacuations coûteuses. La souveraineté sanitaire est en marche, irréversiblement. »», a insisté le Pr Ciss. « Le jour où nous repartirons, l’équipe de Dogta-Lafiè devra continuer, seule, au même niveau d’exigence. »
Dogta-Lafiè, vitrine d’une ambition nationale

Pour le Pr Machihude PIO, : « Le Togo dispose enfin d’un plateau technique capable d’accueillir la circulation extracorporelle, la réanimation cardiovasculaire et l’imagerie cardiaque de pointe. C’est le chaînon qui nous manquait pour boucler la prise en charge des maladies cardiovasculaires, première cause de mortalité chez l’adulte. »
Le Directeur Général l’a rappelé : bloc opératoire dédié, unités de soins intensifs, monitorage avancé, banque de sang sécurisée. Chaque investissement a été pensé pour inscrire la chirurgie cardiaque dans la durée, au-delà du 15 mai.
L’équité au cœur de l’acte chirurgical
La dimension sociale de la campagne a été martelée par le ministre TESSI. Grâce à l’engagement de l’État et de mécènes, l’ensemble des frais a été pris en charge. Des patients issus de milieux modestes, sélectionnés sur critères médicaux stricts, ont accédé gratuitement à des soins facturés plusieurs millions de francs CFA à l’étranger. « L’équité n’est plus un slogan. Elle s’incarne dans chaque sternum refermé, chaque sortie de réanimation », a-t-il déclaré.

Vers un service permanent et souverain
Les huit (8) interventions réussies en en attendant les deux (2) qui vont être assurer par les chirurgiens togolais, ne sont qu’un début. La feuille de route est claire : transformer la campagne en service permanent de chirurgie cardiovasculaire. Dépistage précoce, imagerie, chirurgie programmée, stimulation cardiaque, réadaptation : toute la chaîne sera structurée à Dogta-Lafiè pour réduire la dépendance aux évacuations sanitaires et retenir les devises.
Le ministre TESSI l’a confirmé : « Par la volonté du Président du Conseil, le Togo ne veut plus exporter ses malades. Nous voulons importer l’excellence et la fixer ici. »

Une page se tourne
Le 3 mai 2026 restera comme le jour où la chirurgie cardiaque a pris racine au Togo. Le 8 mai, face à la presse, les artisans de cette révolution ont parlé d’avenir. D’ici au 15 mai, d’autres patients seront opérés. Après, une filière devra vivre. À Dogta-Lafiè, huit cœurs battent déjà pour le prouver : le Togo a ouvert son propre chemin vers la souveraineté sanitaire.
Prudence AFANOU
Nous y reviendrons sur les autres aspects de cette conférence de Presse


