On a beaucoup parlé des bulldozers. Il est temps de parler des plans.
Après des semaines d’opérations de libération du domaine public maritime, une étape souvent perçue comme punitive, le gouvernement change de registre. Le ministre délégué à l’Aménagement du territoire, Koamy Gbloèkpo Gomado, a choisi de détailler la suite. Et ce n’est plus une opération de déguerpissement, c’est un projet de ville.
Pendant trop longtemps, la plage de Lomé a vécu dans un paradoxe. Carte postale vue du ciel, chaos vu de près. Occupation anarchique, constructions sans droit ni titre, insalubrité chronique et insécurité grandissante. Le plus beau patrimoine commun des Loméens était devenu le moins bien géré. La reprise en main était inévitable.
Mais l’intention, précise Gomado, n’est pas de vider la plage de sa vie. Elle est de lui donner un cadre. Fini le provisoire qui dure dix ans, fini les branchements de fortune. Place à une occupation encadrée, légale, durable, où chaque activité contribue à l’intérêt général et respecte l’environnement côtier.
Et ce cadre s’annonce spectaculaire. Le ministre évoque un littoral repensé comme un véritable pôle d’attraction. L’horizon se dessine avec des immeubles haut de gamme qui feront face à l’océan, des bâtiments commerciaux pensés pour accueillir dans des conditions dignes les loisirs et la restauration, un centre de conférences capable de hisser Lomé au rang des capitales qui comptent pour le tourisme d’affaires. Et au milieu de cette modernité, un signal fort et éminemment social : un parc de loisirs entièrement dédié aux enfants.
L’idée n’est pas seulement de construire du béton, c’est de reconstruire une expérience. Une plage paysagée, ordonnée, sécurisée, éclairée, où l’on peut à nouveau se promener en famille le soir, courir le matin, recevoir des visiteurs sans avoir à s’excuser du désordre.
C’est ici que se joue la crédibilité de toute l’opération. Car une belle maquette ne suffit pas. La réussite de cette transformation tiendra à sa capacité à rester profondément publique et inclusive. La question que tous les Togolais se posent est simple : cette nouvelle plage sera-t-elle encore notre plage ? Les anciens exploitants, ceux qui faisaient vivre le littoral avec peu de moyens, auront-ils leur place dans le nouveau modèle économique ou seront-ils définitivement écartés au profit de grands groupes ?
C’est également une question de méthode et de transparence sur la façon dont ces futures infrastructures seront financées et réalisées, pour que ce bien commun ne soit pas bradé mais valorisé au bénéfice de la collectivité.
En clarifiant sa vision, Koamy Gbloèkpo Gomado fait passer le débat du pourquoi de la démolition au comment de la reconstruction. La plage de Lomé s’apprête à changer de visage. Le défi est désormais de s’assurer qu’elle ne change pas d’âme.
La rédaction

