Depuis le jeudi 18 juin, Lomé accueille une quinzaine régionale dédiée au commerce transfrontalier à petite échelle, activité portée majoritairement par les femmes de l’espace communautaire. Initiée par le Centre de la CEDEAO pour le Développement du Genre, l’événement se veut plus qu’un forum : un laboratoire d’actions pour rendre le commerce régional plus inclusif, plus sûr et mieux structuré.
Pendant près de deux semaines, l’agenda croise plusieurs temporalités. D’un côté, des ateliers d’appropriation des textes communautaires pour armer les commerçantes face aux pratiques informelles. De l’autre, des espaces d’exposition qui donnent de la visibilité aux produits fabriqués par ces femmes, trop souvent confinées à l’invisibilité économique. Entre les deux, des dialogues francs pour recoudre la relation entre les actrices du terrain et les administrations qui régulent leurs mouvements.
Le cœur de la démarche : rapprocher les mondes qui se côtoient sans toujours se comprendre. Douaniers, forces de sécurité, élus locaux et organisations féminines sont invités à une même table. L’objectif est de bâtir une confiance opérationnelle. Mieux connaître les contraintes des unes, mieux expliquer les exigences des autres, et surtout aligner les pratiques sur l’esprit des protocoles de libre circulation et d’échanges préférentiels de la CEDEAO.
La quinzaine capitalise aussi l’expérience accumulée lors des campagnes de sensibilisation menées sur les corridors Abidjan-Lagos, Lomé-Ouagadougou ou Cotonou-Niamey. Ces missions ont mis à nu des difficultés récurrentes : tracasseries, manque d’information, frais non documentés, insécurité aux postes. À Lomé, il s’agit de transformer ce diagnostic en solutions concrètes, testables aux frontières dès les prochains mois.
À l’ouverture, Badanam Patoki, ministre de l’Économie et de la Veille Stratégique, a planté le décor. Il a rappelé que la prospérité partagée de la région passe par une circulation fluide des biens et des personnes. « Les frontières de notre région ne doivent plus devenir des barrières, mais des leviers de développement, d’intégration et de prospérité partagée », a-t-il insisté.
Le ministre a ensuite mis en perspective l’engagement du Togo. L’autonomisation économique des femmes n’est pas traitée comme un volet social accessoire. Elle traverse les politiques publiques, les mécanismes de financement dédiés à l’entrepreneuriat féminin, et les programmes d’accompagnement technique. L’idée est claire : inclure les femmes du commerce informel, c’est sécuriser une part essentielle de l’économie réelle ouest-africaine.
Cette quinzaine pose une exigence. Faire du commerce transfrontalier des femmes un segment reconnu, protégé et compétitif de l’intégration régionale. En renforçant leurs capacités et en fluidifiant les postes-frontières, la CEDEAO et le Togo visent un même résultat : transformer chaque passage de frontière en opportunité, et non en épreuve, pour des milliers de femmes qui font vivre l’économie de proximité.

