Le Sahel a encore servi de fil rouge au Forum 2026 de la Banque mondiale sur les fragilités. Quand la région vacille, l’onde de choc traverse toute l’Afrique de l’Ouest. C’est dans ce contexte que la ministre Secrétaire Générale de la Présidence du Conseil, Sandra Ablamba Johnson, a porté la voix du Togo lundi, lors d’un panel de haut niveau intitulé « Soutenir la prévention dans les pays à risque : leçons tirées du Sahel ». Un thème qui parle directement à Lomé, avec l’extrême nord sous pression depuis 2022 et une stratégie assumée : prévenir plutôt que reconstruire.
Face à elle, un plateau qui fait autorité sur la question. Ousmane Diagana, Vice-Président du Groupe de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, a ouvert le débat sur la mutation des financements. L’IDA, bras concessionnel de l’institution, ne se contente plus de réparer après la crise. Elle débloque désormais des ressources plus rapides et plus souples pour maintenir l’école ouverte, le dispensaire en activité, le jeune occupé avant que la rupture ne s’installe. Abdellah S. Cheikh Sidiya, ministre mauritanien des Affaires économiques et du Développement, a abondé dans ce sens en rappelant l’expérience de son pays : investir dans les routes, les marchés, l’accès à l’eau en périphérie, c’est retirer aux groupes armés leur principal argument, l’abandon.
La dimension politique et sécuritaire a été portée par Leonardo Santos Simão, Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel. Pour lui, aucune opération militaire ne tient sans un socle de confiance entre l’État et les citoyens. Le dialogue inclusif, la justice, la bonne gouvernance locale restent les antidotes les plus durables. Bakary Sambe, chercheur à l’Institut Timbuktu, a complété l’analyse en pointant la bataille invisible mais décisive des récits. Quand l’État ne propose pas d’horizon crédible, les discours extrémistes s’engouffrent dans l’imaginaire des jeunes.
C’est cette articulation que le Togo expérimente depuis quatre ans dans les Savanes. L’approche togolaise tient dans un triptyque sans couture. D’abord, la sécurité et le retour de la présence de l’État avec l’opération Koundjouaré, mais aussi le retour des enseignants, des agents de santé et des administrations dans les cantons. Ensuite, la résilience communautaire à travers des projets d’infrastructures, d’électrification, d’accès à l’eau et d’autonomisation des femmes et des jeunes, pour réduire la vulnérabilité économique qui nourrit le recrutement. Enfin, la coordination régionale, avec l’Accord d’Accra et une coopération renforcée avec le Burkina Faso, le Ghana et le Bénin, car la menace djihadiste ignore les frontières et la réponse doit en faire autant.
La participation de Sandra Ablamba Johnson au Forum 2026 n’est pas un simple exercice de diplomatie. Elle traduit la volonté du Togo de partager une expérience encore rare : tenir sous pression tout en investissant massivement dans le capital humain. Le message porté à Washington est simple et direct. La prévention a un coût budgétaire, certes, mais il reste bien inférieur à celui de la guerre, des déplacements de populations et de la déscolarisation massive. Elle exige de la constance, de l’écoute du terrain et une coordination sans faille entre partenaires techniques et communautés.
Car au fond, comme l’ont rappelé tous les intervenants, la première ligne de défense contre la fragilité n’est ni un blindé ni un budget. C’est le maire qui maintient la mairie ouverte, le chef de village qui refuse la loi des armes, l’enseignante qui tient sa classe malgré les menaces, la mère de famille qui empêche son fils de partir. C’est cette doctrine d’action précoce, collective et durable que la ministre togolaise est venue défendre, avec la conviction que le Sahel ne manque pas de solutions, il manque de temps pour les appliquer avant qu’il ne soit trop tard.

