C’est le geste le plus politique de la visite de Faure Gnassingbé en Chine. Et peut-être le plus attendu à Lomé.
A l’issue de son entretien jeudi à Pékin avec le Premier ministre Li Qiang, treize accords ont été signés. Parmi eux, un protocole d’accord sur l’annulation partielle de la dette togolaise envers la Chine.
Concrètement, Pékin renonce à recouvrer une partie de ce que Lomé lui doit. Une bouffée d’oxygène budgétaire. Le montant exact de l’effacement n’a pas été communiqué, comme souvent dans ce type d’accord.
Mais on sait de quoi on parle. Selon les dernières données détaillées du FMI par créancier, la dette du Togo envers la Chine s’élevait à environ 331 millions de dollars à fin 2024. Essentiellement des prêts de l’Exim Bank of China qui ont financé routes, ponts et infrastructures. Cela représente environ 5% de la dette publique totale du pays et 3,5% du PIB.
Le symbole dépasse le chiffre. En annulant une partie de cette dette, la Chine envoie un message clair au moment même où la relation bilatérale est élevée au rang de « Communauté d’avenir partagé Chine-Togo à l’ère nouvelle ». On ne parle plus seulement de créancier à débiteur, mais de partenaire stratégique.
Ce geste financier s’inscrit dans un paquet beaucoup plus large, signé en une semaine de visite officielle achevée vendredi.
L’autre accord majeur est économique : l’OTR et la douane chinoise se reconnaissent mutuellement leurs Opérateurs Économiques Agréés (OEA). Les entreprises jugées fiables des deux côtés passeront plus vite les contrôles. De quoi fluidifier les échanges entre le port de Lomé et les ports chinois.
Sur le plan agricole, un protocole fixe les normes phytosanitaires pour exporter le soja togolais vers la Chine, l’un des plus gros consommateurs au monde.
Le reste du paquet dessine l’avenir de la coopération : industrie, chaînes d’approvisionnement, commerce numérique, développement vert.
Deux accords plus visibles pour les Togolais : la construction du futur siège du ministère des Affaires étrangères à Lomé par la Chine, et un programme de formation des ressources humaines.
Dans les médias, la TVT s’est liée à deux géants chinois, China Media Group et l’Administration nationale de la radio et de la télévision, pour des échanges et formations.
Enfin, deux accords signés plus tôt dans la semaine donnent le ton géopolitique : un jumelage entre la province du Shaanxi et la région de la Kara, fief du Président du Conseil, et une adhésion togolaise à l’Initiative pour la sécurité mondiale promue par Pékin.
L’annulation de dette n’est donc pas un cadeau isolé. C’est la première pierre d’un nouveau cycle où Lomé cherche à alléger ses comptes tout en arrimant un peu plus son développement à Pékin.
La rédaction

