Il y a des festivals qui divertissent. Et il y en a qui reconnectent. Celui d’Aného fait partie de la seconde catégorie.
Du 21 au 24 janvier 2027, l’ancienne capitale du Togo accueillera la 11e édition du Festival des Divinités Noires. Invitée d’honneur : la Côte d’Ivoire.
Créé en 2006, le festival s’est imposé comme le grand rendez-vous spirituel et culturel du golfe de Guinée. Sa mission n’a pas changé : dépoussiérer les traditions africaines, les rendre visibles et transmettre leur héritage aux jeunes générations qui grandissent parfois loin d’elles.
Mais c’est aussi un pont. Un pont entre les peuples du golfe de Guinée et les communautés afro-brésiliennes revenues aux sources, entre Aného et le Brésil, entre l’Afrique et sa diaspora.
Le programme, dense, se partagera entre la ville d’Aného et la forêt sacrée de Glidji, cœur spirituel du peuple Guin. Quatre jours de concerts, de danses et de chants traditionnels, d’expositions sur la diversité culturelle, de sorties de sociétés initiatiques, de rituels et de conférences-débats sur les religions ancestrales.
Un choix de lieu qui n’est pas anodin. Aného-Glidji, c’est un ensemble unique au Togo, inscrit en 2021 sur la liste indicative de l’UNESCO. 350 ans d’histoire entre l’océan Atlantique, le lac Togo et le fleuve Mono.
Une ville façonnée par les Xla-Xweda, les migrants de la Gold Coast, les Afro-Brésiliens revenus bâtir leurs maisons à étages d’Anéhogan et d’Adjido, et les Allemands qui en firent la première capitale du Togo de 1887 à 1897 à Zébé. Il reste de cette histoire des bâtiments coloniaux, une architecture afro-brésilienne rare, et une langue, le guingbé, créole propre à la ville.
À Glidji, le panthéon Guin compte 42 divinités. On y célèbre encore Épé-Ekpé, le nouvel an lunaire, l’un des rituels les plus vivants du pays.
C’est ce patrimoine que le roi des Mina et d’Aného, Nana Anè Ohiniko Quam Dessou XV, veut remettre en lumière. Pour lui, le festival n’est pas qu’un événement culturel. C’est un levier pour rendre Aného attractive à nouveau, alors que la proximité de Lomé a vidé la ville d’une partie de ses 25 000 habitants et laissé à l’abandon plusieurs de ses trésors architecturaux.
Après le Brésil, invité d’honneur de la 10e édition en janvier 2025, le choix de la Côte d’Ivoire pour 2027 dit autre chose : la volonté d’ancrer Aného dans son voisinage immédiat, dans une culture Akan et lagunaire partagée.
Rendez-vous en janvier, entre l’océan et la forêt sacrée.

