Jeudi en fin de matinée, sous la présidence du Professeur Komi Selom Klassou, l’hémicycle a adopté le texte le plus attendu de cette session extraordinaire. Il porte sur la création et la gestion des aires protégées. En face des députés, le ministre de l’Environnement Prof Komla Dodzi Kokoroko a suivi chaque prise de parole, carrefour entre science, droit et réalités du terrain.
Ce vote ne sort pas de nulle part. Il est le fruit de plusieurs semaines de travail en commission, de descentes dans les préfectures, de discussions avec les chefs de canton, les ONG et les gestionnaires de parcs. L’idée force qui a traversé tous les échanges était claire : le Togo ne peut plus protéger la nature en la mettant à distance des hommes. Il faut inventer une autre manière de cohabiter.
C’est ce que consacre la nouvelle loi. D’abord en posant des bases écologiques solides. Le texte donne au pays les moyens légaux de freiner la disparition des habitats, de protéger la faune et la flore, de restaurer les zones dégradées et de mieux faire face aux chocs climatiques. Inondations, feux de brousse, pression sur les ressources : les aires protégées deviennent des remparts naturels pour les communautés.
Ensuite en changeant de regard sur l’économie. Pendant longtemps, un parc ou une réserve était vu comme une zone interdite, donc improductive. La loi renverse cette logique. Elle ouvre la porte à un modèle où la conservation crée de la valeur. L’écotourisme, les métiers de la surveillance, de la restauration, de la recherche, les filières liées aux produits forestiers non ligneux : autant de débouchés possibles. Pour piloter cette nouvelle dynamique, les députés ont voté la création de l’Office National des Aires Protégées. L’ONAP aura pour rôle de structurer le secteur, d’attirer les financements, de professionnaliser la gestion et de rendre des comptes.
Mais le point le plus discuté, et finalement le plus consensuel, concerne les populations. Le législateur a choisi de rompre avec les approches de mise à l’écart. Désormais la loi reconnaît officiellement le rôle des communautés riveraines. Elles seront associées à la surveillance, à la prise de décision et au partage des bénéfices issus des aires protégées. C’est à ce prix que la protection tiendra dans la durée.
L’honorable Aklesso Atcholi, à la tête du groupe parlementaire UNIR, a résumé l’enjeu en parlant d’un « choix de souveraineté ». Selon lui, considérer nos forêts, nos savanes et nos zones humides comme un patrimoine commun, c’est décider de ne pas hypothéquer l’avenir. Le ministre Kokoroko a renchéri en évoquant un « tournant ». Pour lui, le Togo s’équipe pour atteindre ses objectifs de restauration du couvert forestier et pour honorer ses engagements en faveur de la biodiversité. Il a promis une mise en œuvre exigeante, mais juste.
Le Président de l’Assemblée nationale a conclu sur une note d’appel à la responsabilité collective. Le Professeur Klassou a rappelé qu’une loi, aussi bonne soit-elle, ne vit que par ceux qui l’appliquent. D’où sa formule : protéger sans exclure, restaurer sans opposer, gérer sans déposséder. Il a invité l’administration, les collectivités, les OSC et les populations à travailler ensemble. Il a aussi salué la ligne tracée par le Président du Conseil Faure Essozimna Gnassingbé, placée sous le triptyque « protéger, rassembler, transformer ».
Avec ce vote, le Togo s’offre un nouveau contrat avec son territoire. Les 16% du pays déjà classés en aires protégées ne sont plus seulement des espaces à préserver. Ils deviennent des territoires de solutions. Des lieux où la résilience climatique, l’économie locale et la cohésion sociale peuvent se construire en même temps. L’ONAP a maintenant la responsabilité de transformer ce cadre légal en actions visibles dans chaque région.
La rédaction

