On les a longtemps appelés les « enseignants volontaires », les « auxiliaires », les précaires. Jeudi à Dapaong, la 5e promotion des ENFPE a fait sa rentrée avec une promesse du ministre : ce temps-là est terminé.
Ce n’est pas qu’une rentrée. C’est une rupture.
Jeudi, à l’École normale de formation des professeurs d’école (ENFPE) de Dapaong, 1 585 élèves-professeurs ont entamé deux années de formation pour l’année académique 2026-2028. Devant eux, les autorités politiques, administratives, religieuses et coutumières de la région des Savanes. Devant eux, surtout, un ministre venu leur dire que leur métier ne sera plus ce qu’il a été.
Mama Omorou, ministre de l’Éducation nationale, a choisi ses mots :
« Nous avons fait le choix de rompre avec la précarisation du métier d’enseignant pour professionnaliser, sanctuariser et anoblir la vocation. »
Professionnaliser. Sanctuariser. Anoblir. Trois verbes qui disent tout : pendant des années, enseigner au Togo, c’était souvent accepter la précarité. Aujourd’hui, le gouvernement veut en faire une vocation protégée, formée, respectée.
La qualité contre la quantité
Pour y arriver, le gouvernement a fait un pari à contre-courant : former moins, pour former mieux.
Le bilan des ENFPE est éloquent. En cinq promotions, 10 753 élèves-professeurs ont été formés pour le préscolaire et le primaire. Mais la courbe descend, promotion après promotion : 2 578, puis 2 546, puis 2 156, puis 1 888, et aujourd’hui 1 585.
Ce n’est pas un recul. C’est une régulation. Le ministère l’assume : on ne remplit plus les salles, on régule les besoins, on renforce l’excellence pédagogique. L’enjeu n’est plus d’avoir des enseignants en nombre, mais des enseignants qui savent enseigner.
Les femmes prennent la craie
Et si l’avenir de l’école togolaise avait un visage féminin ? Sur les cinq promotions, 6 114 femmes ont été formées, contre 4 570 hommes. 57% de femmes.
À Dapaong, dans les rangs de cette 5e promotion, elles sont majoritaires. Ce sont elles qui, demain, accueilleront les tout-petits en préscolaire, qui apprendront à lire et à compter aux enfants du primaire. Une féminisation qui change aussi la relation à l’école, la patience, l’écoute, la proximité.
Pourquoi Dapaong ?
Il faut aussi lire le lieu. Ce n’est pas à Lomé que cette rentrée a eu lieu, c’est à Dapaong, dans les Savanes.
C’est un message : l’école ne se réforme pas seulement dans la capitale. Elle se réforme là où les besoins sont les plus grands, là où les enseignants manquent le plus, là où chaque maître formé peut changer le destin d’un village entier.
Pour les 1 585 nouveaux élèves-professeurs, les deux prochaines années ne seront pas seulement une formation. Ce sera l’apprentissage d’un métier qu’on veut enfin sanctuariser.
Ils ne seront plus des précaires. Ils seront des professionnels.
Launetogo

