La 4G couvre 99,7% de la population. Pourtant, moins d’un jeune Togolais sur deux utilise Internet. C’est ce paradoxe que révèle l’Indice Ayre, publié en marge du sommet du Commonwealth. Et c’est lui qui conditionne l’avenir de l’intelligence artificielle au Togo.
L’intelligence artificielle pourrait rapporter gros au Togo. Très gros.
Selon l’Indice Ayre, publié en marge du sommet du Commonwealth à Antigua-et-Barbuda, l’IA pourrait faire progresser l’économie togolaise de 172 millions de dollars en dix ans. Et selon les scénarios du FMI appliqués par les chercheurs, le gain varierait même entre 83 et 262 millions de dollars.
Un potentiel immense pour un pays qui veut se positionner sur les technologies émergentes.
Mais il y a un « mais ». Et il est de taille.
42,6 sur 100 : le Togo n’est pas encore prêt
Le Togo obtient un score de 42,6 sur 100 à l’Indice Ayre. C’est sous le seuil de préparation fixé à 53. Il se classe 37e sur les 56 pays du Commonwealth, dont seuls 15 atteignent ce seuil.
Le pays a donc du chemin à faire avant de pouvoir tirer pleinement profit de l’IA.
Et le premier obstacle est presque ironique : alors que la 4G couvre 99,7% de la population, moins d’un jeune Togolais sur deux (44,9%) utilise Internet.
Pourquoi ? Le coût, d’abord. Les données mobiles représentent près de 9,5% du revenu mensuel moyen, et plus d’un cinquième du revenu des 40% les plus pauvres. Trop cher pour se connecter régulièrement.
La fiabilité, ensuite. Près de trois entreprises sur quatre signalent des coupures de connexion. Difficile de construire une économie numérique sur un réseau qui coupe.
L’école, le maillon faible
Deuxième obstacle : l’éducation. Le Togo obtient un score de 2,5 sur 10 dans ce domaine.
En cause, le manque d’enseignants formés et la place encore limitée de l’informatique dans les programmes scolaires. Sans compétences numériques de base, l’IA restera une promesse pour les autres.
Des initiatives qui montrent la voie
Pourtant, l’étude ne dresse pas un tableau noir. Elle salue plusieurs projets déjà engagés par le Togo.
Depuis septembre, le gouvernement teste « Voix du Togo », un programme qui vise à développer des outils d’IA capables de comprendre l’éwé, le kabyè et le moba, avant d’être étendus à une cinquantaine de langues nationales. Une IA qui parle togolais, pour ne laisser personne de côté.
Les autorités forment aussi 101 spécialistes pour animer de nouveaux laboratoires d’innovation pédagogique et prévoient d’introduire l’IA dans l’enseignement technique.
Des jeunes entrepreneurs à accompagner
L’étude met enfin en lumière une réalité : près d’un Togolais de 18 à 29 ans sur quatre dirige une jeune entreprise, mais 84% d’entre eux disent le faire faute d’emploi.
C’est là que l’IA peut changer la donne : aider ces jeunes entrepreneurs à gagner en productivité, à trouver des clients, à gérer leur activité. À condition d’avoir accès aux compétences, aux outils et aux financements nécessaires.
Le défi : transformer le potentiel en réalité
Le Togo a la couverture, il a les jeunes, il a les idées. Il lui manque encore l’accès abordable à Internet, des enseignants formés et un écosystème qui permet à chaque jeune d’utiliser l’IA.
Les 262 millions de dollars sont à portée de main. À condition de brancher tout le pays, et pas seulement le réseau.
Launetogo

