Les chiffres sont cruels. Et ils expliquent pourquoi la nouvelle ambassadrice d’Égypte à Lomé, Shahinaz Abuseri, a fait de la Chambre de commerce sa première escale.
En 2025, le Togo a importé pour 30,3 millions de dollars de produits égyptiens. Il n’en a exporté que pour 302 000 dollars. Soit un déficit de 100 pour 1. Et une tendance baissière ces dernières années.
Un paradoxe pour deux économies qui se disent complémentaires.
Reçue vendredi par le président de la CCI-Togo, José Kwassi Symenouh, la diplomate est venue avec une feuille de route claire : inverser la courbe.
Dans ses valises, quatre secteurs prioritaires : les médicaments, l’agriculture, les technologies et la construction. Des domaines où l’Égypte a bâti de vrais champions continentaux et où le Togo cherche à accélérer son industrialisation.
Le diagnostic est partagé côté togolais. Pour José Symenouh, l’Égypte a un rôle à jouer, justement, dans l’industrialisation du Togo.
Aujourd’hui, le commerce est à sens unique et peu diversifié. Côté égyptien, 44% des ventes au Togo, soit 13,4 millions de dollars, ce sont des matériaux de construction : ciment, plâtre, chaux, pierres. Vient ensuite le sucre et les confiseries pour 5,4 millions, puis les carburants. Le Togo, lui, n’a presque rien à vendre au Caire.
Abuseri veut changer d’échelle. Elle mise sur deux leviers : faire venir des investisseurs égyptiens et préparer la visite au Togo de son ministre des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, prévue en 2027. Elle espère en faire le moment de la relance.
Le terrain n’est pas vierge. Les deux pays disposent d’un comité mixte de coopération. Et l’ancien ambassadeur, Ahmed Mohamed Eid Moustapha Ahmed, rappelait en novembre 2024 que la coopération avait été « relancée en 2017 » autour d’un projet symbole : la ferme égypto-togolaise d’Abatchang.
A l’époque, les discussions allaient déjà au-delà de l’agriculture : santé, interconnexion entre les ports de Lomé et de Suez, urbanisme, tourisme, avec même des pourparlers pour la construction d’hôpitaux et des contacts avec le géant Elsewedy pour les infrastructures.
Cinq ans plus tard, peu de ces projets ont émergé. D’où la volonté de la nouvelle ambassadrice de passer du symbole au volume.
Pour Lomé, qui vient de consolider son axe avec Pékin, diversifier ses partenariats vers Le Caire serait un moyen de ne pas mettre tous ses œufs industriels dans le même panier.
Launetogo

