Officiellement entérinée par le Conseil des ministres du 26 juin 2026, la reconnaissance de TENGUE Kodjo Agbeko, dit « Angélo », comme chef de canton d’Ando aurait dû clore un chapitre. Elle en a ouvert un autre, plus sensible. Depuis près de trois mois, la décision alimente une contestation persistante qui dépasse la simple rivalité de personnes pour toucher au cœur de l’identité coutumière.
Dans la préfecture de l’Avé, c’est toute la question du socle de légitimité d’une chefferie qui est posée.
Le nœud de la contestation : la lignée
La fronde est portée par la famille royale ADJA AGBEKPO, du clan Fiagbota, qui se présente comme gardienne des usages coutumiers d’Ando. Pour elle, la procédure n’aurait pas respecté les règles traditionnelles de dévolution du pouvoir.
Au-delà de la forme, c’est le fond qui est attaqué. Selon les contestataires, le chef reconnu ne serait pas issu de la lignée coutumière du canton et serait présenté comme un Ewe Anlo originaire du Ghana. Une affirmation lourde de sens, car dans la conception togolaise de la chefferie, l’appartenance à la communauté, la généalogie et l’ancrage territorial ne sont pas de simples détails : ils fondent l’autorité morale.
Ces allégations, qui n’ont à ce stade pas fait l’objet d’une vérification publique par les autorités compétentes, soulèvent une question centrale : sur quels critères historiques et coutumiers la reconnaissance s’est-elle appuyée ?
Des courriers restés sans réponse ?
Le malaise porte aussi sur la méthode. D’après les informations relayées par les contestataires, plusieurs correspondances auraient été adressées *au Ministère de l’Administration territoriale, de la Gouvernance locale et des Affaires coutumières* avant la décision du 26 juin, pour alerter sur le risque de conflit.
La question qui revient à Ando est simple : y a-t-il eu une phase contradictoire ? Les familles se réclamant d’une légitimité historique, les notables, les sages et les garants des us et coutumes ont-ils été réunis, entendus et confrontés avant la reconnaissance définitive ?
En matière de chefferie, une décision peut être administrativement régulière tout en restant socialement fragile si une partie significative de la communauté estime avoir été mise à l’écart du processus. C’est précisément ce sentiment de mise à l’écart qui nourrit aujourd’hui la méfiance.
Le risque qui dépasse le trône : la cohésion
La chefferie traditionnelle n’est pas une simple fonction administrative. C’est un facteur de cohésion, de médiation et de mémoire collective. Quand elle devient elle-même objet de division, c’est tout l’équilibre local qui vacille.
À Ando, le climat est décrit comme tendu. Des voix évoquent une colère sourde et la possibilité d’une mobilisation contre le chef reconnu. Dans ce type de conflit, où l’affect identitaire est fort, le danger est celui de l’escalade. Un incident isolé, un malentendu lors d’une cérémonie ou d’une prise de parole peut suffire à transformer une contestation coutumière en affrontement communautaire.
Et les conséquences d’une chefferie contestée ne se gèrent pas en une année. Elles s’inscrivent dans le temps long, se transmettent, laissent des rancœurs qui fragilisent le vivre-ensemble pour une génération entière.
Quelle sortie par le haut ?
L’affaire d’Ando met en lumière une faille plus large : comment gérer les désignations contestées ?
La solution n’est pas dans le bras de fer. Elle est dans l’anticipation. Lorsque des contestations sérieuses sont signalées en amont, la pratique d’une commission d’enquête élargie, incluant historiens locaux, autorités coutumières régionales et représentants des familles, permettrait de vérifier les généalogies, d’examiner les us et coutumes propres à chaque canton et de rechercher un consensus minimal.
Une telle démarche, loin d’affaiblir l’autorité de l’État, la renforcerait. Elle donnerait à la décision une légitimité non seulement juridique, mais aussi sociale.
Aujourd’hui, à Ando, l’urgence n’est plus de savoir qui a raison sur le fond de la lignée. L’urgence est de prévenir. Rouvrir le dialogue, organiser une concertation sous l’égide du préfet et des autorités coutumières de l’Avé, vérifier publiquement les faits invoqués par chaque partie : ce sont les conditions minimales pour faire retomber la tension.
Car un chef ne peut régner durablement sans un minimum d’adhésion. Et à Ando, c’est bien cette adhésion, socle de la paix sociale, qui reste à construire.
La rédaction

