Le professeur komi wolou, secrétaire national du psr, a appelé mardi 25 août à lomé à une « transition politique » au togo. la proposition, portée par un mémorandum cosigné par des acteurs de l’opposition, de la société civile et de la diaspora, vise à mettre fin au régime actuel et à organiser une nouvelle période institutionnelle.
sur le fond, l’intention est claire : sortir de ce que l’orateur qualifie d’ »infraction continue ». sur la forme, le texte laisse en suspens l’essentiel.
Un diagnostic sans feuille de route
komi wolou défend un processus en trois étapes : mettre fin au régime, instaurer une transition, puis installer de nouvelles autorités fondées sur la souveraineté populaire. mais aucun calendrier n’est avancé. aucune indication sur la durée de la transition, sur les institutions qui l’encadreraient, sur les règles du jeu, ni sur les garanties pour éviter un vide de pouvoir.
en d’autres termes, l’opposition demande la fin d’un système sans dire par quoi ni par qui le remplacer. c’est demander au pays d’entrer dans une période d’incertitude sans boussole ni garde-fous. dans un contexte sahélien déjà marqué par des transitions prolongées et leurs effets sur la stabilité, l’omission n’est pas anodine.
un argument juridique brandi, mais non démontré
les signataires du mémorandum s’appuient sur une décision attribuée à la cour de justice de la cedeao du 29 janvier 2026 concernant la réforme constitutionnelle de 2024. le document est présenté comme un fondement juridique. or le mémorandum ne produit ni le contenu de la décision, ni son dispositif, ni la manière dont elle imposerait une transition.
se prévaloir d’une décision de justice sans en verser les éléments publics affaiblit la portée de l’argument. si la décision existe et est pertinente, pourquoi ne pas la publier intégralement et l’expliquer point par point ? sans cela, l’invocation du droit ressemble davantage à un effet d’annonce qu’à une base solide.
l’opposition face à ses responsabilités
revendiquer une rupture est un droit démocratique. mais la crédibilité d’une proposition politique se mesure à sa capacité à se transformer en projet opérationnel. sur ce point, le mémorandum présenté à lomé reste à l’état d’intention.
qui organise la transition ? selon quelles règles ? avec quels acteurs ? comment sécuriser les institutions, l’économie et la cohésion sociale pendant cette période ? comment éviter que la transition ne devienne elle-même une nouvelle source de crise ? aucune réponse claire n’est apportée.
en s’arrêtant à l’affirmation que « cette infraction prendra fin », l’opposition renvoie la charge de la précision aux autres, y compris au pouvoir qu’elle conteste. c’est une posture de tribune, pas une offre de gouvernance.
Le débat doit changer de registre
Le togo a besoin d’un débat exigeant sur les réformes, la bonne gouvernance et l’état de droit. mais ce débat gagne à se tenir avec des propositions chiffrées, datées et juridiquement étayées. réclamer une transition sans en décrire les contours, c’est entretenir le flou au lieu de proposer une alternative.
l’enjeu n’est pas de savoir si une critique peut être formulée. elle l’est. l’enjeu est de savoir si l’opposition est prête à assumer la responsabilité qui va avec : présenter une feuille de route complète, acceptable par les institutions nationales et régionales, et rassurante pour les citoyens.
Pour l’heure, le mémorandum de komi wolou ouvre une revendication. il reste à l’opposition de démontrer qu’elle peut aussi ouvrir un chemin.
La rédaction

