Le Conseil d’administration du Groupe de la Banque mondiale a approuvé un financement de 200 millions de dollars de l’Association internationale de développement IDA pour la République togolaise. Baptisé Programme d’amélioration des services logistiques et de transport PASLT, ce projet marque un tournant : il ne se contente pas de réparer, il reconfigure. L’objectif est de bâtir un système de transport cohérent, capable de relier les zones de production agricole et les quartiers périurbains aux marchés, aux centres logistiques urbains et au Port autonome de Lomé.
Le fil directeur est le développement territorial intégré. Route, rail, mobilité urbaine ne sont plus pensés en silos mais comme les maillons d’une même chaîne. Réduire les ruptures de charge, abaisser les coûts de transaction, gagner en temps : c’est ainsi que le Togo veut consolider sa vocation de hub logistique ouest-africain.
Un programme à trois temps forts
Premier goulot identifié : la congestion aux abords du Port de Lomé. Le PASLT finance la réhabilitation complète de la ligne ferroviaire Lomé – Plateforme industrielle d’Adétikopé PIA. En transférant une part significative du trafic conteneurs vers le rail, le projet retire des milliers de camions des routes urbaines. Moins de trafic, moins de pollution, moins d’accidents. Pour les 2,2 millions d’habitants du Grand Lomé, c’est un cadre de vie immédiat qui s’améliore, avec en parallèle une offre de transports publics renforcée et mieux organisée.
Connecter les bassins de production
Deuxième chantier : l’accès aux marchés. Les Zones d’aménagement agricole planifiées ZAAP et les zones rurales à fort potentiel des régions Kara, Savanes, Plateaux et Plaine de Mô seront reliées par des routes de desserte réhabilitées. Environ 400 000 personnes, dont 51% de femmes, sortiront de l’enclavement saisonnier. Le bénéfice est direct : écoulement plus rapide des récoltes, réduction des pertes post-récolte, hausse des revenus des exploitants. La route devient ici un levier de transformation des filières agro-alimentaires.
Sécuriser l’investissement dans la durée
Troisième exigence : la résilience. Toutes les infrastructures financées intègrent des normes adaptées au changement climatique. Drainage, matériaux, dimensionnement : chaque ouvrage est conçu pour résister aux inondations, à la chaleur extrême et à l’érosion. Une garantie pour que les 200 millions USD produisent des effets sur 20 ans, pas sur 5 ans.
Au-delà des travaux, le PASLT est un pari sur l’attractivité économique du Togo. Un pays où les marchandises circulent vite et à moindre coût attire les investisseurs. Le programme vise donc un double dividende : créer des emplois dans la construction et l’exploitation des infrastructures, et soutenir la densification des chaînes de valeur nationales.
« Ce programme représente une opportunité stratégique majeure pour le Togo de renforcer sa position en tant que principal pôle de transport et de logistique de la sous-région et au-delà, en s’appuyant sur le Port de Lomé comme un atout stratégique. Il contribuera à stimuler la création d’emplois, à soutenir le développement des chaînes de valeur et à renforcer la capacité du pays à attirer des investissements privés de qualité », a souligné M. Verheijen, Représentant résident du Groupe de la Banque mondiale au Togo.
La Banque mondiale ne s’arrête pas au financement public. Elle mobilisera également la Société financière internationale SFI et l’Agence multilatérale de garantie des investissements MIGA pour lever des capitaux privés et sécuriser les investissements dans les maillons logistiques connexes. L’objectif final : des déplacements plus rapides, plus sûrs, et un système de transport qui fait du Togo non seulement une porte d’entrée, mais une plateforme logistique crédible et durable pour toute la sous-région.
Le PASLT transforme la contrainte logistique en avantage compétitif. En reliant intelligemment champs, usines, villes et port, il pose les bases d’une croissance qui profite autant aux exportateurs de Lomé qu’aux producteurs de la Plaine de Mô.

