Pendant trois jours, du 2 au 4 juin, la capitale togolaise a vibré au rythme des ciseaux, des pinceaux et des aiguilles. Plus de 600 coiffeurs, esthéticiens, tresseuses, make-up artists et décorateurs événementiels ont convergé vers le Master Class AS PRO-Beauté pour une immersion totale. Objectif : combler le déficit de perfectionnement qui freine la montée en gamme d’un secteur qui emploie pourtant des milliers de jeunes.

Initiée par les associations AS PRO-Beauté Amour, AS PRO-Beauté Évolution et AS PRO-Beauté De la Lumière vers la Lumière, cette 2e édition a mis la barre haut. Coiffure homme et dame, tresses complexes, pose de perruques sans colle, customisation, soins esthétiques innovants, confection de chapeaux, décoration événementielle, gestion de salon, encadrement des apprentis : le programme a balayé toute la chaîne de valeur.
« Nous avons voulu répondre à un vide »
Pour Kounougna Ablam Paulin Raoul, coordonnateur de l’Association des Professionnels de la Beauté, l’urgence était économique autant que technique.
« Nous avons constaté un véritable vide en matière de formation professionnelle dans le domaine de la beauté. Face aux difficultés économiques actuelles, nous avons voulu offrir aux acteurs du secteur des compétences supplémentaires pouvant améliorer leurs prestations et leurs revenus », explique-t-il.
Résultat : 614 personnes enregistrées, des ateliers pratiques, et un suivi post-formation annoncé pour transformer la théorie en chiffre d’affaires.
La parole aux participantes : « On sort d’ici avec des armes »
Au-delà des chiffres, ce sont les voix des bénéficiaires qui racontent la transformation.
Accoh Adjelé, responsable de Miracle Hair à Adidogomé et formatrice* :
« J’ai vu des filles arriver le premier jour avec des gestes hésitants. Le troisième jour, elles posaient des perruques sans colle comme des pros. Cette formation est un véritable levier de professionnalisation. Quand on maîtrise la technique, on fidélise la clientèle et on augmente ses revenus. C’est ça l’enjeu. »

« Avant je faisais les mêmes modèles parce que je ne connaissais que ça. Ici j’ai appris de nouvelles techniques de tresses et surtout comment bien conseiller la cliente selon son type de cheveux. Mes clientes vont voir la différence. Merci à ceux qui ont pensé à nous. »
Kossi, coiffeur homme à Nyékonakpoè :
« La gestion de salon, personne ne nous l’apprend. On sait couper, mais on ne sait pas gérer les apprentis, les stocks, les prix. Ce module m’a ouvert les yeux. Un salon, c’est une petite entreprise. Maintenant je vais gérer la mienne comme un patron. »
Fleur, décoratrice événementielle :
« La décoration événementielle c’était nouveau pour moi. J’ai découvert les bases, les calculs, le rapport qualité-prix. C’est un marché qui paie bien à Lomé. Avec ce que j’ai appris, je peux proposer des packages complets à mes clientes coiffure + décoration. »
Togbui Lanklivi Adjikou Ier : Le mécène de Kpota-Colas
Si la formation a pu être 100% gratuite, c’est grâce à l’engagement total de Togbui Adjikou Lanklivi Ier, chef du quartier de Kpota-Colas. Il a porté la logistique et le matériel de bout en bout.
« Quand les jeunes viennent me voir, ils ne demandent pas l’aumône. Ils demandent des outils pour travailler. La beauté, c’est un métier noble qui nourrit son homme. Soutenir cette formation, c’est investir dans l’autonomisation de notre jeunesse et dans la dignité de nos mamans et de nos sœurs », a souligné le chef traditionnel lors de la clôture.
Son appui a permis de lever le principal obstacle : le coût. Car dans un secteur où chaque jour sans client est une perte, se former gratuitement change tout.
Clôture et cap sur l’après
La cérémonie de clôture a sanctifié l’effort : attestations remises aux 614 apprenants et aux formatrices. Un acte symbolique, mais fort.
« Aujourd’hui tu reçois un papier, demain tu dois montrer le travail. Le certificat ouvre la porte, ta compétence la fait rester ouverte », a rappelé un formateur.

Les participants sont repartis avec plus que des techniques : une posture professionnelle, un réseau, et la promesse d’un accompagnement pour la mise en pratique. Les organisateurs préparent déjà les prochaines éditions.
À Lomé, le message est clair : professionnaliser la beauté, c’est professionnaliser l’emploi des jeunes. Et derrière cette dynamique, la vision d’un chef traditionnel qui a compris que le développement passe aussi par les salons de coiffure et les ateliers d’esthétique.

