Ouvrant la 3ᵉ édition du Forum Biashara Afrika à Lomé, le Président du Conseil d’administration d’Afreximbank, Dr George Elombi, a livré le message central du rendez-vous : la Zone de libre-échange continentale africaine ne prendra vie que si les entreprises produisent pour le continent et si les banques financent ces échanges à grande échelle.
Devant le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, des opérateurs économiques et des décideurs publics, Dr Elombi a posé un constat simple et un cap opérationnel. La ZLECAf donne le cadre juridique. L’effectivité du marché unique dépendra de la capacité des acteurs privés à exporter et de celle du système financier à accompagner ce mouvement.
Trois leviers pour faire passer les entreprises à l’échelle continentale
S’adressant directement aux chefs d’entreprise, le président d’Afreximbank a appelé à abandonner une logique de marché national au profit d’une stratégie continentale. Il a détaillé trois leviers immédiats.
Le premier consiste à investir dans la qualité et la certification. Sans conformité aux règles d’origine de la ZLECAf, l’accès aux 54 marchés signataires reste bloqué. Le deuxième levier est l’intégration dans les chaînes de valeur régionales. Il s’agit de sortir de la seule transformation locale pour se positionner sur des maillons à plus forte valeur ajoutée au sein de l’espace africain.
Le troisième levier mobilise le numérique. Dr Elombi a invité les PME à utiliser les plateformes B2B mises en place par le Secrétariat de la ZLECAf afin d’identifier des partenaires et des débouchés dans l’ensemble des pays membres.
« Une PME togolaise qui transforme le soja n’a plus à se limiter au marché togolais. Elle doit viser le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Kenya. Le marché existe, il faut aller le chercher », a illustré le président d’Afreximbank.
Financer le commerce intra-africain et lever le frein du risque
Pour Dr George Elombi, le second maillon décisif est la finance. Il a exhorté les banques commerciales africaines à adapter leurs produits au commerce intra-africain, à élargir les lignes de crédit aux PME exportatrices et à accepter des garanties régionales.
Il a mis en avant le Système de Paiement Panafricain, PAPSS, désormais opérationnel. En permettant le règlement des transactions en monnaies locales, PAPSS réduit la dépendance au dollar et abaisse les coûts de change, un gain direct pour la compétitivité des exportateurs africains.
Le président d’Afreximbank a également rappelé l’utilité des instruments de couverture de risque proposés par les banques de développement. L’objectif est de baisser le coût du risque perçu et de débloquer des financements là où les banques hésitent encore.
« Sans financement adapté, même le meilleur produit africain ne traversera pas la frontière », a-t-il souligné.
Un appel à l’action coordonnée, avec le Togo en position de hub
Dans son message, Dr Elombi a salué la position géographique du Togo et le potentiel de son port. Il voit dans cette configuration un atout pour faire du pays un hub logistique des flux intra-africains, notamment sur les corridors vers l’hinterland ouest-africain.
Il a conclu sur la nécessité d’une coordination plus étroite entre le secteur privé, les banques et les agences de promotion des investissements. La finalité est de transformer les opportunités de la ZLECAf en contrats signés, en projets bancables et en chaînes d’approvisionnement compétitives.
Réunissant à Lomé des dirigeants d’entreprise, des banquiers, des investisseurs et des responsables publics, le Forum Biashara Afrika 2026 se veut une plateforme de passage à l’action pour concrétiser cette vision.

