Pendant trois jours, la capitale togolaise devient le point de convergence des décideurs et investisseurs africains. La 3ᵉ édition du forum Biashara Afrika s’y tient sous le haut patronage du Président du Conseil Faure Essozimna Gnassingbé, avec l’ambition d’accélérer le passage de la ZLECAf du cadre politique aux résultats économiques concrets. Organisée par le Secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine et le gouvernement togolais, la rencontre réunit chefs d’État, dirigeants d’entreprises, institutions financières, startups et experts autour d’un objectif commun : lever les freins qui empêchent le commerce intra-africain de décoller.
La Zone de libre-échange continentale africaine représente aujourd’hui le plus grand marché intégré du monde, avec 55 pays, plus de 1,4 milliard de consommateurs et un PIB combiné dépassant 3 400 milliards de dollars. L’accord a fourni au continent une architecture juridique et institutionnelle pour harmoniser les règles, aligner les politiques nationales et ouvrir davantage d’espace au secteur privé. Pourtant, la réalité du terrain reste en décalage. Le commerce entre pays africains stagne autour de 15 % du commerce total, alors qu’il dépasse 60 % dans l’Union européenne. Cet écart s’explique par une accumulation de contraintes qui pèsent au quotidien sur les opérateurs économiques.
Les lenteurs administratives, la diversité des procédures douanières et la divergence des normes techniques continuent de compliquer la circulation des marchandises. L’accès au financement du commerce reste hors de portée pour de nombreuses PME, faute de garanties suffisantes et de produits adaptés. Les infrastructures logistiques, encore insuffisantes dans plusieurs corridors, renchérissent les coûts et allongent les délais. À cela s’ajoute la fragmentation des chaînes de valeur, qui empêche les entreprises africaines de se spécialiser et de capter davantage de valeur ajoutée. Les micro, petites et moyennes entreprises, qui forment l’essentiel du tissu économique, peinent à s’insérer dans les flux transfrontaliers et restent largement en marge des opportunités offertes par le marché continental.
Le contexte international renforce l’urgence d’agir. La reconfiguration des chaînes d’approvisionnement mondiales, la montée du protectionnisme, les ruptures technologiques et l’incertitude géopolitique exposent l’Afrique à de nouveaux risques, mais ouvrent aussi une fenêtre pour construire des marchés régionaux plus résilients. Dans ce contexte, Biashara Afrika 2026 se positionne comme un espace de travail orienté vers l’action. Loin des déclarations de principe, le forum cherche à identifier des solutions opérationnelles pour promouvoir les investissements, renforcer les chaînes de valeur régionales et créer des opportunités commerciales immédiatement exploitables.
Près de 1 000 participants sont attendus à Lomé. Dirigeants d’entreprises, fonds souverains, banques commerciales, universités et centres de réflexion y croiseront leurs analyses pour co-construire des réponses adaptées aux réalités du terrain. Les discussions s’articuleront autour du renforcement des entreprises africaines à fort potentiel, de l’accélération de la facilitation des échanges et du développement du commerce numérique. Une attention particulière sera portée à l’interopérabilité des systèmes de paiement et à l’investissement dans les infrastructures logistiques, deux leviers jugés déterminants pour fluidifier les échanges. Le forum insistera également sur la nécessité d’un alignement plus étroit entre les priorités nationales et les objectifs continentaux, ainsi que sur le renforcement du dialogue public-privé afin de mobiliser des investissements à grande échelle. L’inclusion des MPME, des femmes et des jeunes dans les circuits commerciaux figure parmi les lignes directrices qui traverseront l’ensemble des sessions.
Pour garantir des résultats tangibles, Biashara Afrika 2026 s’articule autour de cinq espaces d’action conçus pour produire des engagements mesurables. La Deal Room accueillera les annonces d’investissements et la conclusion de partenariats commerciaux. La plateforme des sociétés de commerce se concentrera sur l’opérationnalisation des structures de négoce prévues par la ZLECAf et sur la structuration des réseaux de distribution régionaux. Le laboratoire de facilitation des échanges s’attachera à résoudre les blocages concrets rencontrés par les opérateurs sur le terrain. L’accélérateur de chaînes de valeur visera à nouer des partenariats sectoriels dans l’agroalimentaire, l’industrie, les services et l’énergie. Enfin, la plateforme d’accès au marché pour les PME facilitera la mise en relation directe des entreprises avec des acheteurs, des distributeurs et des financeurs. Ces dispositifs seront complétés par des sessions plénières, des tables rondes sectorielles, des masterclasses et des expositions destinées à valoriser les solutions innovantes développées sur le continent.
Le choix de Lomé s’inscrit dans la stratégie togolaise de positionnement comme hub logistique et commercial en Afrique de l’Ouest. Les investissements réalisés dans le port, les plateformes logistiques et le numérique offrent aux entreprises africaines un environnement propice pour tester de nouveaux modèles d’affaires et étendre leurs activités dans le cadre de la ZLECAf. Pour le Président du Conseil Faure Gnassingbé, l’enjeu est de démontrer que l’intégration africaine peut se traduire en emplois, en compétitivité et en diversification économique. La mobilisation du secteur privé togolais, qui représente plus de 80 % de l’économie nationale, sera un indicateur clé de la capacité du forum à produire des effets concrets.
Biashara Afrika 2026 ne prétend pas régler en quelques jours l’ensemble des défis de l’intégration continentale. Mais en rassemblant les acteurs politiques, financiers et économiques autour d’objectifs opérationnels, il crée les conditions d’un passage à l’échelle. Si les plateformes d’action débouchent sur des partenariats signés, des lignes de financement ouvertes et des procédures simplifiées, Lomé aura contribué à faire de la ZLECAf un véritable moteur de transformation industrielle et de croissance inclusive pour l’Afrique.

