La mission économique conduite par la Chambre de Commerce et d’Industrie du Togo (CCI-Togo) dans la province du Hebei a franchi un palier décisif lors de son deuxième jour à Baoding. Entre immersion dans les chaînes de valeur de l’automobile, prospection commerciale et diplomatie économique, la délégation togolaise a consolidé les bases de partenariats industriels et logistiques à fort potentiel.
1. Au cœur de l’industrie : immersion dans une unité de reconditionnement de véhicules
La journée s’est ouverte sur la visite d’un complexe industriel spécialisé dans le reconditionnement automobile. Les opérateurs économiques togolais ont pu suivre, poste par poste, le cycle complet de remise en état : diagnostic électronique, démontage, réfection mécanique et carrosserie, contrôle qualité, homologation et conditionnement à l’export. Les échanges techniques avec les ingénieurs et les responsables commerciaux ont porté sur quatre axes.
D’abord, la structure des coûts et les grilles tarifaires selon les gammes, les motorisations et les niveaux de finition. Ensuite, les modalités d’approvisionnement, les délais logistiques et les exigences documentaires pour l’export vers l’Afrique de l’Ouest. Puis, les options de transfert de compétences et d’assistance technique en vue d’une montée en gamme des ateliers togolais. Enfin, la faisabilité d’unités de reconditionnement délocalisées au Togo, avec étude des prérequis fonciers, énergétiques, réglementaires et de main-d’œuvre.
La perspective d’un hub de reconditionnement à Lomé, adossé au port en eau profonde et à la plateforme industrielle d’Adétikopé, a été explicitement mise sur la table par plusieurs chefs d’entreprise.
2. Baoding Global Product Selection Center : vitrine du « Made in Baoding » et porte d’entrée commerciale*
La délégation s’est ensuite rendue au Baoding Global Product Selection Center, plateforme intégrée d’exposition, de sourcing et de e-commerce B2B. Inauguré en présence des opérateurs togolais, le volet e-commerce du centre ambitionne de connecter l’offre industrielle de Baoding à la demande internationale en temps réel. Pièces détachées, équipements industriels, outillages, matériaux de construction, électronique, textile technique : l’écosystème produit est large et structuré par filières.
Les autorités municipales ont affiché une volonté claire. Faire de Baoding un partenaire des économies africaines en quête de diversification industrielle. Des protocoles de mise en relation, des facilités d’échantillonnage et des mécanismes de vérification qualité ont été présentés aux Togolais pour sécuriser les premiers flux.
Panel économique : confronter les écosystèmes, aligner les intérêts
Un panel a réuni investisseurs chinois, responsables publics locaux et la délégation togolaise autour de l’environnement des affaires à Baoding. Accès au foncier industriel, fiscalité, énergie, main-d’œuvre qualifiée, standards de certification et dispositifs d’accompagnement des IDE ont été passés en revue.
Le commissaire en charge de l’industrie à la CCI-Togo, Bekley Esso-Byou, a livré un plaidoyer structuré sur l’attractivité du Togo. Il a détaillé les procédures d’accès au marché, les guichets uniques, les avantages du Code des investissements — exonérations ciblées, régimes de zone franche, stabilité fiscale — et les atouts logistiques du pays. Le port en eau profonde de Lomé, seul port naturel de la sous-région capable d’accueillir des navires de 3ᵉ génération, a été présenté comme un avantage comparatif décisif. Connecté au corridor Lomé-Ouagadougou-Niamey, il fait du Togo une porte d’entrée naturelle vers l’hinterland sahélien et un point de consolidation idéal pour des activités d’assemblage, de reconditionnement et de redistribution.
L
a journée s’est conclue par une séquence dense de rencontres B2B entre opérateurs togolais et chinois, suivie d’une visite approfondie des espaces d’exposition. Les secteurs les plus discutés : automobile et pièces de rechange, machines agricoles, équipements solaires, matériaux de construction et produits manufacturés à forte rotation. Plusieurs lettres d’intention ont été évoquées, portant sur des commandes test, des accords de distribution et des études de faisabilité pour des joint-ventures.
Cette étape de Baoding illustre l’orientation de la mission. Passer de la prospection à la contractualisation. Sous l’impulsion des plus hautes autorités, le Togo déploie une diplomatie économique qui articule trois leviers. Primo, valoriser sa position géostratégique de hub logistique. Secundo, capter des segments industriels à valeur ajoutée moyenne — reconditionnement, assemblage, conditionnement — pour créer de l’emploi et transférer des compétences. Tertio, sécuriser des circuits d’approvisionnement fiables pour le marché national et sous-régional.
En ciblant des villes industrielles chinoises de second rang comme Baoding, la CCI-Togo évite la saturation des grands centres et mise sur des partenaires désireux d’internationaliser leur base productive. Pour les PME togolaises, c’est l’opportunité d’accéder à des technologies éprouvées, à des prix compétitifs, avec des interlocuteurs ouverts à la co-localisation.
La mission à Baoding n’est pas une visite. C’est une négociation en mouvement. Si les études de faisabilité confirment la rentabilité d’unités de reconditionnement et d’assemblage à Lomé, le Togo pourra capter une partie de la chaîne de valeur automobile destinée à l’Afrique de l’Ouest. Le modèle est lisible. Importer des compétences et des équipements, former localement, produire pour le marché UEMOA-CEDEAO, et exporter depuis Lomé.
La balle est désormais dans le camp des opérateurs. Transformer les contacts de Baoding en contrats, les intentions en investissements, et la mission en emplois.

