La Commission de l’UEMOA et le gouvernement togolais ont ouvert, ce lundi 11 mai 2026 à Lomé, la 11e revue annuelle des réformes, politiques, programmes et projets communautaires au titre de l’exercice 2025. Un exercice de vérité et de pilotage stratégique, loin du rituel administratif, destiné à mesurer l’ancrage réel de l’intégration sous-régionale dans les politiques publiques nationales.
Autour de la table : Abdoulaye Diop, président de la Commission de l’UEMOA, et le ministre de l’Économie et des Finances, Georges Essowè Barcola, entourés de leurs délégations respectives. Les discussions se sont appuyées sur le mémorandum issu de la revue technique conduite du 10 au 12 novembre 2025, document qui fixe la photographie des avancées, des retards et des arbitrages à opérer pour accélérer la mise en œuvre du corpus communautaire.
Instituée par Acte additionnel du 24 octobre 2013 de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement, la revue annuelle est placée sous la présidence des Premiers ministres et la supervision des ministres des Finances. Elle n’est pas une formalité. Elle est l’instrument de redevabilité qui lie chaque État membre au projet collectif de l’Union : convergence des cadres macroéconomiques, harmonisation normative, mutualisation des investissements structurants. Dans un environnement international où la compétition pour les capitaux, les marchés et les normes s’intensifie, l’UEMOA joue sa crédibilité sur sa capacité à transformer les directives en réalités tangibles pour les citoyens.
Le ministre Barcola a rappelé les transformations profondes impulsées par les réformes communautaires. La budgétisation par programme a modernisé la gestion des finances publiques, introduit la culture de la performance et aligné l’allocation des ressources sur des objectifs mesurables. L’harmonisation des procédures douanières a fluidifié les échanges intra-UEMOA, réduit les délais de passage aux frontières et renforcé la position du Togo comme corridor logistique. Les mécanismes de surveillance multilatérale ont, eux, consolidé la gouvernance économique et la discipline budgétaire. « Ces acquis sont le fruit d’années d’efforts collectifs. Les préserver et les approfondir est un impératif », a insisté le ministre.
Pour l’édition 2025, l’évaluation a porté sur 145 réformes et trois programmes-projets communautaires. Le taux global de transposition et d’application des réformes s’établit à 68,7 %, en repli de 9,21 points par rapport aux 77,9 % enregistrés en 2024. La principale explication : la non-transposition, au moment de l’évaluation, de la directive relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, pièce maîtresse de la crédibilité financière de l’Union.
Autre point de vigilance : le décrochage observé dans les secteurs de l’agriculture, de la culture et de l’artisanat. Des segments pourtant décisifs pour l’économie réelle, l’emploi des jeunes et l’affirmation des identités. Leur contre-performance est interprétée comme un signal d’alerte sur la coordination entre niveaux national et communautaire, et sur l’appropriation sectorielle des réformes.
À rebours de ce repli, l’exécution des programmes et projets communautaires progresse nettement : 91,6 % de taux d’exécution contre 78,9 % un an plus tôt, avec un taux de décaissement qui atteint 83,61 %. La capacité d’absorption s’améliore, signe que les instruments de mise en œuvre gagnent en maturité.
Georges Essowè Barcola a martelé une évidence juridique et politique : la transposition des directives communautaires est une obligation des États et une condition de la crédibilité de l’UEMOA. Au-delà du droit, l’enjeu est celui de l’effectivité. Une réforme non transposée est une opportunité perdue pour les entreprises, les administrations et les citoyens. Les réformes n’ont de sens que si elles se traduisent en amélioration des conditions de vie : coûts de transaction réduits, services publics plus efficaces, marchés plus intégrés, concurrence plus saine.
La feuille de route post-revue est claire : résorber les retards de transposition, notamment sur la LBC-FT ; renforcer les mécanismes de coordination interministérielle pour les secteurs en retrait ; sécuriser les acquis en matière de finances publiques et de douane ; maintenir la dynamique d’exécution des projets communautaires, en veillant à leur impact territorial.
La 11e revue rappelle une loi simple de l’intégration : elle ne vit que par l’exécution. Le Togo, comme ses pairs, est jugé sur sa capacité à convertir les engagements de Bamako, Ouagadougou ou Dakar en procédures, en budgets, en services livrés. En 2026, l’UEMOA n’a pas besoin de nouvelles ambitions. Elle a besoin d’exécution sans faille.

