À la 51ᵉ édition du Symposium mondial du nucléaire, l’Afrique n’était pas venue écouter. Elle est venue s’imposer. Et c’est *Faure Essozimna Gnassingbé, Président du Conseil du Togo et invité d’honneur du WNS 2026, qui en a porté la voix.
Face aux géants de la filière, son message a tranché avec les discours convenus : arrêter de vendre du rêve, commencer à construire.
L’ambition ne suffit plus
Le thème du sommet, « De l’ambition à l’action », est devenu son leitmotiv.
Oui, le nucléaire revient en force. Tripler la capacité mondiale d’ici 2050, décarboner, sécuriser les approvisionnements : le consensus est là. Mais Faure Gnassingbé a prévenu :
> « L’ambition, à elle seule, ne suffit pas. Le monde doit construire, financer, réglementer et concrétiser. »
Pour lui, la renaissance nucléaire ne se décrétera pas. Elle se financera, se formera, s’encadrera. Sans cet écosystème, pas de réacteur.
L’Afrique ne veut pas de charité technologique
Le cœur de son plaidoyer : l’Afrique.
Le continent porte 600 millions de personnes sans électricité, une industrialisation à bâtir, un numérique à alimenter, des hôpitaux à équiper. Il a besoin de gigawatts fiables, pas de slogans.
Les SMR, petits réacteurs modulaires, et les microréacteurs sont pour lui la piste la plus crédible : moins coûteux, plus modulables, adaptés aux réseaux africains.
Mais le Président du Conseil a recadré l’offre des pays du Nord :
> « L’Afrique ne demande pas simplement une technologie. Elle demande un véritable partenariat. L’Afrique offre un marché et une vision de son propre avenir énergétique. »
Autrement dit : pas question d’être un simple acheteur. L’Afrique veut co-construire, former, industrialiser.
Le modèle togolais : d’abord les fondations
Faure Gnassingbé a détaillé la méthode togolaise, pragmatique et à contre-courant de la précipitation.
Membre de l’AIEA depuis 2012, le Togo a créé en janvier 2025 son Commissariat à l’énergie atomique et vient de signer un nouveau cadre de coopération avec l’Agence de Vienne.
La doctrine, rappelée depuis NEISA 2026 à Kigali, est claire :
> « Nous comprenons qu’un développement nucléaire responsable commence bien avant la construction du premier réacteur. »
D’abord la loi, la sûreté, les compétences. Ensuite la technologie.
Le tabou du financement est brisé
Le dirigeant togolais a mis le doigt sur le point qui bloque tout : l’argent.
> « Le financement reste l’un des défis les plus importants du déploiement nucléaire en Afrique. Les projets exigent des investissements considérables sur le long terme. »
À Londres, où se tenait un sommet spécial sur la finance nucléaire, il a plaidé pour que les nouvelles facilités internationales cessent d’exclure de fait l’Afrique. Transformer les recommandations en guichets, les promesses en prêts sur 30 ou 40 ans.
Deux coups politiques : Lomé 2027 et l’adhésion au Pacte du triplement
Sa participation a été marquée par deux annonces stratégiques.
1. Lomé, capitale africaine du nucléaire en 2027 : Le Togo accueillera du 1er au 3 juin 2027 la 3e édition du NEISA, Nuclear Energy Innovation Summit for Africa.
> « Nous considérons ce passage de Kigali à Lomé comme bien plus qu’un simple changement de lieu : il représente la continuité, le partenariat et l’élargissement de la dynamique nucléaire africaine. »
L’objectif : faire du NEISA Lomé le sommet où l’on passe du concept au contrat.
2. Le Togo rejoint le club du triplement : Lomé adhère officiellement à la *Déclaration de la COP28 visant à tripler la capacité nucléaire mondiale d’ici 2050. Un signal fort : petit pays, mais qui s’aligne sur la grande stratégie mondiale, tout en exigeant que cette stratégie inclue l’Afrique.
À Londres, entre expositions et rencontres B2B, Faure Gnassingbé n’a pas seulement représenté le Togo. Il a imposé une ligne : le prochain chapitre de la renaissance nucléaire mondiale ne s’écrira pas sans l’Afrique, ou il ne s’écrira pas.
La rédaction

