Lomé abrite, les 23 et 24 mars 2026, un forum régional dédié à l’essor des politiques publiques intégrant l’approche de genre. Cet événement s’inscrit dans le cadre du projet Inclusive Legislatures for Gender-Responsive Policies (ILGRP).

Organisée par l’Assemblée nationale togolaise en partenariat avec l’African Centre for Parliamentary Affairs (ACEPA) et le Parliamentary Centre, cette initiative rassemble des délégations du Canada, du Ghana, du Kenya et du Togo.
Sous le thème « Renforcer les parlements sensibles au genre par la planification stratégique, des politiques inclusives de ressources humaines et des pratiques managériales », le forum vise à ancrer l’égalité des genres au cœur des pratiques parlementaires, tant administratives que politiques.
« Financé par Affaires mondiales Canada (AMC), le projet Initiative pour le Leadership et la Gouvernance Responsables Parlementaires (ILGRP) entame actuellement sa quatrième année opérationnelle. Cet ambitieux programme a réuni, pendant deux jours intensifs, une assemblée plurielle composée de parlementaires, de représentants éminents de la société civile et d’experts internationaux. Leurs échanges ont porté sur l’identification et la modélisation des dispositifs structurés les plus efficaces pour institutionnaliser l’égalité des genres au sein des instances décisionnelles.

Le cadre programmatique a articulé des panels stratégiques et des présentations techniques ciblant trois leviers transformationnels : L’intégration systématique de la dimension de genre dans la planification étatique ;la conception de politiques publiques inclusives à fort impact sociétal ; les réformes institutionnelles favorisant la co-construction citoyenne et l’ancrage des OSC dans les processus démocratiques.
Lors d’une intervention à l’ouverture de travaux, le Dr Rasheed Draman, Directeur exécutif de l’ACPA, a souligné le caractère pionnier de ce dispositif collaboratif : « L’ILGRP s’appuie sur un partenariat triangulaire inédit entre l’Assemblée nationale du Togo, le Parlement du Ghana et celui du Kenya. Cette synergie transafricaine permet un transfert mutuel de bonnes pratiques parlementaires tout en renforçant les standards régionaux de gouvernance inclusive. »
Lors de son allocution, le premier intervenant a posé le cadre stratégique de ce forum : il s’articule autour d’un double impératif – cristalliser les progrès institutionnels accomplis au cours du quinquennat écoulé, tout en élaborant des dispositifs structurels garantissant leur ancrage pérenne. « Cette concertation transnationale offre l’occasion majeure de mutualiser les méthodologies éprouvées par chaque législature nationale », a-t-il souligné, avant d’ajouter : « Elle constitue surtout un creuset intellectuel où affiner collectivement les leviers d’action destinés à parachever l’institutionnalisation de l’égalité de genre au sein de nos hémicycles ».

Dans cette optique opérationnelle, M. Tagba Ouro-Yodou, Directeur des Ressources Humaines du Parlement togolais, a vigoureusement plaidé pour la traduction concrète des schémas directeurs dans les pratiques parlementaires. Plus spécifiquement, il a mis en exergue le rôle capacitant de ce symposium : « En capitalisant sur l’intelligence collective, nous outillons les administrations législatives pour optimiser leur gouvernance interne – notamment par la modernisation systémique des processus RH, pierre angulaire de toute transformation institutionnelle. »
En l’en croire, le défi fondamental réside dans l’opérationnalisation tangible de l’approche genre au sein des mécanismes institutionnels quotidiens. Il s’agit d’instaurer une vigilance systémique garantissant que les intérêts des femmes, des hommes et des groupes minoritaires soient intégralement internalisés dans les processus administratifs, budgétaires et décisionnels – condition sine qua non d’une gouvernance réellement inclusive.
Il a par ailleurs souligné avec force l’impératif d’un budget genré (gender-responsive budgeting), rappelant le rôle pivot des parlements dans l’adoption de lois de finances intrinsèquement équitables, capables de traduire les engagements formels en allocations concrètes. M. Tagba Ouro-Yodou a également mis en exergue la plus-value stratégique des dynamiques de partage d’expériences transnationales, notamment concernant l’optimisation des carrières publiques et la modernisation des architectures administratives.
En écho à cette vision, M. Marc Painchaud, Directeur de la gouvernance au Parlement du Québec, a apporté un éclairage pragmatique en présentant plusieurs leviers opérationnels déployés par l’institution québécoise : quotas de représentation dans les comités stratégiques, audits genrés des processus internes, et formation obligatoire à la déconstruction des biais inconscients pour les cadres dirigeants. Ces initiatives illustrent la traduction concrète des principes d’équité en mécanismes de gouvernance pérennes.
Il a insisté sur deux leviers concrets : des politiques anti-harcèlement et des solutions de garde d’enfants pour mieux concilier mandat politique et vie personnelle. Ces dispositifs visent à briser les plafonds de verre qui freinent les femmes en politique.
Cette dynamique repose sur une stratégie rigoureuse », a-t-il souligné, « portée par une volonté politique ferme et une administration parlementaire engagée. L’enjeu ? Transformer ces intentions en actions tangibles via des politiques ciblées, des directives claires et des feuilles de route opérationnelles. » Un impératif selon lui : proposer des solutions pragmatiques et reproductibles.

