Pour la première fois de son histoire, le Groupement National des Entrepreneurs du BTP du Togo a ouvert ses portes le jeudi 11 juin 2026 aux médias. Baptisée « Media Days », cette rencontre inédite marque une rupture : celle du silence entre les acteurs du bâtiment et ceux qui relaient l’information au public. L’ambition est claire : faire des journalistes les relais éclairés des défis, des contraintes et des solutions du secteur.
Sous la présidence de Yawo Agbessi TSOGBE, le GNEBTP-Togo a réuni chefs d’entreprises, membres de l’Ordre National des Architectes du Togo, de l’Ordre National des Ingénieurs du Togo, laboratoires d’essais, et plus d’une trentaine de rédactions. Le thème retenu : « LE BTP AU CŒUR DU DÉVELOPPEMENT : COMPRENDRE POUR MIEUX AGIR ». Un titre programme qui pose d’emblée la conviction du groupement : un secteur compris est un secteur mieux soutenu.
Paul K. AKOUNONA : « Un secteur mal maîtrisé est un manque à gagner pour la nation »
Ingénieur Génie Civil diplômé de l’ENSI-Lomé, Directeur Général et responsable de Design Control, Paul K. AKOUNONA a porté la voix technique de cette première édition. Dans une communication dense et sans détour, il a décortiqué la chaîne de responsabilité qui sous-tend chaque chantier public.
« En matière de travaux publics, l’autorité compétente demeure l’État. Mais l’exécution mobilise une constellation d’acteurs : bureaux d’études, bureaux de contrôle, entreprises, bailleurs de fonds. Chacun porte une part de responsabilité déterminante. Il est donc impératif d’instaurer une synergie réelle, pour que chaque maillon assume pleinement son rôle et que, in fine, les résultats escomptés soient atteints », a-t-il martelé.
Pour lui, la défaillance d’un seul acteur hypothèque l’ouvrage entier : « Un secteur du BTP mal maîtrisé, dépourvu de cohésion, constitue un manque à gagner majeur pour le développement d’un pays. C’est de l’argent public, du temps perdu, et surtout des infrastructures qui ne remplissent pas leur mission ».
Les 4 leviers de la réussite d’un chantier
S’appuyant sur le diagnostic du GNEBTP-Togo, Paul K. AKOUNONA a identifié les dysfonctionnements et proposé des pistes concrètes, acteur par acteur :
1. Les entreprises : l’exigence de professionnalisme

« Il convient de renforcer le professionnalisme en management. La gestion des fonds publics exige une rigueur absolue. Ce sont les ressources de la collectivité. Leur utilisation optimale s’impose, avec une traçabilité et une performance irréprochables ». L’appel est à une gouvernance d’entreprise qui dépasse la simple exécution technique.
2. Les bureaux d’études et de contrôle : de la sanction au conseil
En amont, l’étude doit être approfondie pour proposer des solutions techniques adaptées aux réalités du terrain. Pendant le chantier, le bureau de contrôle a un double rôle. « Il ne se limite pas à sanctionner ou à dénoncer les dysfonctionnements. Son obligation est aussi de conseiller l’entreprise, à condition qu’elle soit réceptive, pour aboutir à des solutions techniquement fiables ». L’éthique et l’indépendance vis-à-vis de tout conflit d’intérêts sont posées comme des exigences non négociables.
3. Les maîtres d’ouvrage : la ressource au bon moment
L’État et les collectivités, maîtres d’ouvrage, doivent garantir la mobilisation des ressources, financières et temporelles. « Les entreprises souffrent des retards de paiement des décomptes. Un décompte payé hors délai, c’est un chantier qui s’arrête, des ouvriers au chômage technique, et des coûts qui explosent ». La fluidité financière est présentée comme un facteur clé de succès.
4. Les bailleurs de fonds : accélérer les procédures
Paul K. AKOUNONA a également pointé les délais d’émission des avis de non-objection par certains bailleurs. « Ces délais excessifs bloquent le démarrage des travaux. Or chaque jour de retard a un coût économique et social pour le pays ».
Yawo Agbessi TSOGBE : Briser le mur d’incompréhension
En initiant ces « Media Days », le président Yawo Agbessi TSOGBE veut déconstruire les idées reçues sur le BTP togolais. L’objectif n’est pas de se justifier, mais d’expliquer. Expliquer pourquoi un chantier prend du retard, pourquoi le coût d’une route ne se résume pas au bitume, pourquoi la qualité a un prix.
« Nous avons tout intérêt à ce que les médias comprennent nos réalités. Un journaliste informé pose les bonnes questions, éclaire le débat public et devient un allié de la qualité », confie un responsable du GNEBTP-Togo.
Les « Media Days » du GNEBTP-Togo ne sont donc pas un simple exercice de communication. C’est un acte de responsabilité collective. Et un pari : celui de la transparence pour bâtir mieux, plus vite et plus durablement.

