Le patrimoine naturel togolais entre dans une nouvelle ère juridique. Ce mercredi, en séance plénière présidée par Son Excellence Barry Moussa Barqué, le Sénat a adopté à l’unanimité le projet de loi portant création et gestion des aires protégées.
Déjà approuvé par l’Assemblée nationale, ce texte vient parachever une réforme attendue. En présence du *Prof. Komla Dodzi Kokoroko, Ministre de l’Environnement, des Ressources forestières, de la Protection côtière et du Changement climatique*, les sénateurs ont validé un dispositif qui entend concilier la préservation de la biodiversité, les impératifs de développement et l’implication des communautés vivant à la lisière des espaces protégés.
Un cadre hérité de 1937-1958 désormais inadapté
Conçues sur des bases posées à l’époque coloniale, les 83 aires protégées du Togo couvrent aujourd’hui près de 14% du territoire national. Mais ce dispositif vieillissant a montré ses failles.
Au fil des décennies, l’expansion agricole, le pâturage intensif, l’exploitation du bois-énergie, l’occupation des sols et la multiplication des infrastructures ont grignoté leur superficie et altéré leur équilibre écologique.
Dans un contexte marqué par l’urgence climatique, le législateur a donc jugé indispensable de repenser la gouvernance de ces espaces pour l’arrimer aux défis contemporains.
Les principales innovations du texte
La loi votée introduit une architecture nouvelle et plus rigoureuse. Elle définit précisément les différentes catégories d’aires protégées et fixe des règles claires pour leur création, leur gestion, leur déclassement ou leur requalification.
Elle crée également l’*Office national des aires protégées*, structure chargée d’assurer la coordination et le pilotage de la politique nationale en la matière. Pour sécuriser le financement, des mécanismes de mobilisation de ressources sont prévus afin d’assurer la durabilité de la gestion.
Changement de paradigme majeur : au-delà de leur fonction de conservation, les aires protégées sont désormais pensées comme des instruments de développement. Le texte mise sur l’écotourisme et les activités génératrices de revenus pour faire des populations riveraines les premières bénéficiaires de la protection de la nature.
Un vote consensuel et un appel à la responsabilité
Le projet a obtenu l’adhésion des trois groupes parlementaires. Les présidents des groupes *UNIR, APR et C5* ont souligné la nécessité d’une gestion plus concertée et ancrée dans les réalités locales. Ils ont plaidé pour une mise en œuvre apaisée, fondée sur le dialogue.
Le Prof. Kokoroko a présenté cette adoption comme « une rupture majeure face à un passé critiqué et discuté de gestion de nos aires protégées ». Pour lui, ce texte constitue « une arme redoutable de construction environnementale, climatique, sociale, économique et de justice ». Il a pris l’engagement que le Gouvernement en fera un usage « modéré, responsable et efficace ».
Le Président du Sénat a quant à lui rappelé un principe cardinal : « la loi ne vaut que par la constance de son application ». Il a invité l’exécutif à garantir la pleine effectivité du texte et a salué la qualité des débats.
Cap sur 26% de couverture forestière en 2030
Cette réforme permet au Togo de renforcer son dispositif national de conservation et d’honorer ses engagements internationaux en matière de biodiversité.
Elle s’inscrit directement dans la feuille de route nationale qui vise à atteindre 26% de couverture forestière d’ici 2030. Un objectif qui suppose désormais une gestion des aires protégées plus moderne, plus inclusive et tournée vers l’avenir.

