Depuis le 8 juin, la préfecture du Bas-Mono, au sud-est du Togo, vit au rythme d’une répétition générale grandeur nature. Baptisé « Mia Dzrado », « Soyons prêts » en langue locale, cet exercice de simulation de crise a été officiellement lancé lundi 15 juin et se poursuivra jusqu’au jeudi 18 juin. Ambition : éprouver sans complaisance les réflexes de prévention, d’alerte et d’intervention face à une crue soudaine du fleuve Mono.
À 5h du matin, le 15 juin, les sirènes ont déchiré le calme. Le scénario imaginé par les organisateurs est implacable : le Mono sort brutalement de son lit et submerge Afomonou, Agoméglozou et Togbodji. Dans l’heure, le préfet d’Afagnan réunit la plateforme préfectorale de gestion des catastrophes pour orchestrer la riposte. Bilan fictif : près de 1 000 sinistrés et une trentaine de cas de diarrhée simulés, histoire de tester la chaîne de surveillance épidémiologique et la réactivité des postes médicaux avancés.
Le temps d’un exercice, les rues du Bas-Mono ont pris l’allure d’une zone sinistrée. Évacuation des populations, déploiement des secours, activation des plans communaux de sauvegarde par les communes Bas-Mono 1 et Bas-Mono 2 : chaque geste compte.
L’Agence Nationale de la Protection Civile, les services de santé, les forces de défense et de sécurité, la Croix-Rouge togolaise et les autorités locales avancent de concert. Sur le terrain, les volontaires de la Croix-Rouge traquent la vulnérabilité : enfants, femmes enceintes, personnes âgées, personnes en situation de handicap sont identifiés et priorisés pour l’évacuation.
Pour éviter le piège du scénario trop lisse, les concepteurs ont volontairement corsé l’épreuve. Insuffisance de sites d’hébergement : les équipes doivent envisager la réquisition d’écoles pour abriter les déplacés. Risque accru de maladies hydriques, besoins urgents en vivres, eau potable et kits d’hygiène : chaque tension révèle une faille potentielle à corriger.
« _Mieux vaut corriger nos insuffisances au cours d’un exercice que lors d’une catastrophe réelle_ », rappelle le préfet d’Afagnan. Plus de 300 intervenants et figurants participent à cette mise en condition.
Au-delà de la mise en scène, « Mia Dzrado » est un diagnostic. Les enseignements collectés serviront à actualiser le plan ORSEC préfectoral du Bas-Mono et à ajuster les dispositifs de protection des communautés riveraines, exposées en permanence à la colère du Mono. Car dans cette zone, la préparation n’est pas un luxe : c’est la condition de la survie.

