Il ne suffit pas de construire pour développer un pays. Il faut construire juste, construire utile, et surtout faire durer ce que l’on a construit. C’est cette conviction, longtemps répétée par les économistes mais rarement traduite dans les textes, que le gouvernement togolais a voulu inscrire dans le droit ce vendredi 6 novembre 2026.
Réuni sous la présidence de Faure Essozimna Gnassingbé, le Conseil des ministres a écouté la communication du ministre des Finances et du Budget sur le cadre général de la gestion des investissements publics, un dossier austère en apparence, mais qui touche au cœur de la vie quotidienne des Togolais.
Car un investissement public, ce n’est pas une ligne dans un budget. C’est une route qui permet au paysan d’écouler son manioc, une école qui accueille les enfants d’un village, un forage qui donne de l’eau potable, un centre de santé qui sauve des vies. Et quand cet investissement est mal pensé, mal choisi, mal suivi, c’est toute une population qui en paie le prix. Le Togo en a fait l’expérience, comme beaucoup de pays. Des projets annoncés sans étude sérieuse, des priorités définies sans cohérence, des chantiers lancés puis interrompus, des infrastructures livrées sans que l’on ait prévu les moyens de les entretenir. Plusieurs évaluations l’ont confirmé, le système manquait d’un cadre clair, capable d’encadrer tout le parcours d’un projet, de sa préparation à sa sélection, de sa programmation à son exécution, puis à son suivi.
Le projet de décret présenté au Conseil veut justement combler ce vide. Il ambitionne d’harmoniser et de formaliser les règles applicables à l’ensemble du cycle de vie des investissements publics, quel que soit l’organisme qui les porte et quelle que soit la source de financement qui les alimente. L’État, les collectivités, les établissements publics, les projets financés sur ressources propres ou sur appui des partenaires, tous seront désormais soumis aux mêmes exigences de rigueur. C’est une manière de dire que l’argent public, d’où qu’il vienne, mérite la même protection.
La première exigence de ce nouveau cadre, c’est l’alignement. Plus aucun projet ne devra exister pour lui-même, mais pour servir les priorités nationales de développement. Il ne s’agira plus de multiplier les annonces, mais de choisir les investissements qui ont le plus d’impact, là où les besoins sont les plus grands. La deuxième exigence, c’est l’évaluation préalable systématique. Avant de poser la première pierre, il faudra démontrer que le projet est pertinent, faisable, réaliste dans son coût, utile dans son impact. La troisième exigence, c’est la clarté des responsabilités. Qui prépare, qui décide, qui exécute, qui contrôle, qui rend compte. En mettant fin à la confusion des rôles, le gouvernement veut mettre fin à l’impunité administrative, celle où un échec n’est jamais imputable à personne.
Mais ce qui donne à cette réforme toute sa portée, c’est qu’elle ne s’arrête pas à la phase de lancement. Elle regarde aussi ce qui vient après. Elle intègre, dès la conception, les enjeux liés au genre, au climat et à la protection de l’environnement, pour que le développement ne se fasse ni au détriment des femmes, ni au détriment de la planète. Elle anticipe mieux les coûts récurrents, cette charge invisible que l’on oublie trop souvent au moment d’inaugurer, les salaires, l’entretien, le fonctionnement, sans lesquels une infrastructure neuve devient très vite une coquille vide. Elle renforce le suivi physique et financier, pour que l’on sache, à tout moment, si un chantier avance, s’il dérape, s’il coûte plus que prévu. Et elle institutionnalise les évaluations à mi-parcours, finales et ex post, ainsi que les audits externes, pour que chaque projet devienne une leçon pour le suivant, et que l’État apprenne de ses propres erreurs au lieu de les répéter.
Au fond, l’objectif poursuivi par le gouvernement est à la fois simple et ambitieux, améliorer la qualité de la dépense publique, renforcer la transparence et la soutenabilité des investissements, et garantir une meilleure efficacité des projets réalisés au bénéfice des populations. Autrement dit, passer d’une logique de dépense à une logique de résultat. Ce n’est plus de savoir combien l’État a dépensé, mais de savoir ce que cette dépense a réellement produit.
Le Conseil a instruit les ministres concernés de poursuivre le processus afin de lui soumettre, dans les meilleurs délais, le projet de décret pour adoption. C’est le signe que le gouvernement ne veut pas en rester aux intentions. Et c’est aussi le signe que cette réforme est perçue comme la clé de voûte de toutes les autres décisions prises ce même jour, qu’il s’agisse de la création de l’Institut national de sécurité sociale, de la réforme du Code foncier, de la modernisation des entreprises publiques, de la lutte contre les mines illicites ou de la nouvelle politique postale. Toutes ces réformes auront besoin d’investissements bien choisis, bien suivis, bien évalués pour produire leurs effets.
Ce 6 novembre, à Lomé, le gouvernement a donc fait un choix qui ne fera pas les gros titres, mais qui pourrait changer beaucoup de choses dans la durée. Celui de considérer que la bonne gestion n’est pas une contrainte, mais le premier devoir de l’État envers ses citoyens.
Launetogo

