Ils travaillent dans l’ombre, souvent la nuit, sans titre, sans autorisation, sans aucune protection. Dans des trous creusés à la hâte, des hommes et parfois des enfants cherchent de l’or, du sable, des minerais, au péril de leur vie et au détriment de la terre qui les nourrit.
Ce vendredi 6 novembre 2026, réuni sous la présidence de Faure Essozimna Gnassingbé, le Conseil des ministres a choisi de ne plus détourner le regard. Le gouvernement prépare la création d’une Commission nationale de lutte contre les activités minières illicites, un outil pensé pour coordonner enfin une réponse à la hauteur du fléau.
Car le phénomène a pris une ampleur qui ne permet plus l’indifférence. L’orpaillage clandestin et l’exploitation sans titre ne sont plus des cas isolés. Dans plusieurs régions du pays, des sites entiers sont dévastés, des forêts rasées, des sols éventrés, des cours d’eau souillés au mercure et au cyanure, des terres agricoles rendues stériles pour des années. Derrière ces paysages défigurés, il y a des économies locales désorganisées, des villages divisés, des jeunes exposés aux produits toxiques, aux éboulements et aux maladies, sans aucune couverture, sans aucune sécurité. Il y a aussi un État qui perd des milliards en redevances et en taxes, pendant que l’or s’évapore dans des circuits parallèles, au profit de réseaux qui ne rendent compte à personne. Le Conseil des ministres l’a dit sans détour, les conséquences de ces activités sont préoccupantes sur les plans environnemental, économique, sanitaire et sécuritaire, et c’est précisément parce qu’elles touchent à tout à la fois qu’elles exigent une réponse globale.
Jusqu’à présent, cette réponse est restée éclatée. Le ministère des Mines agissait de son côté, la gendarmerie du sien, l’environnement, l’administration territoriale et la justice chacun dans son couloir, sans véritable coordination. Les opérations, quand elles avaient lieu, restaient ponctuelles, et les sites fermés un jour rouvraient le lendemain. Le projet de décret examiné en première lecture veut rompre avec cette dispersion. Il s’agit de doter le Togo d’une structure unique de pilotage, capable de coordonner les actions des administrations compétentes, d’organiser le suivi sur le terrain, de donner une continuité à la lutte et de faire en sorte que les décisions prises à Lomé se traduisent réellement dans les régions. La création, les attributions, l’organisation et le fonctionnement de cette commission sont en cours de définition, le texte reviendra devant le Conseil pour adoption, mais le cap est déjà fixé.
Cette décision ne doit pas se lire seule. Elle s’inscrit dans la logique générale de ce Conseil du 6 novembre, entièrement placé sous le signe de la rigueur et de la protection des ressources nationales. Le même jour, le gouvernement a adopté le projet de loi créant l’Institut national de sécurité sociale, pour mettre fin au double guichet de la Caisse de retraites du Togo et de l’Institut national d’assurance maladie et offrir aux agents publics une protection plus simple et plus digne. Il a examiné la réforme du Code foncier et domanial, pour sécuriser les droits coutumiers et ruraux, protéger les terres agricoles, garantir l’égalité entre les femmes et les hommes dans l’accès à la terre et lutter contre la spéculation. Il a adopté le décret d’application de la loi sur les entreprises publiques, pour imposer les contrats de performance, la transparence et la responsabilité dans la gestion. Il a écouté les conclusions du séminaire des gouverneurs et des préfets tenu à Blitta, la politique postale pour la période 2026-2029, et le nouveau cadre général de gestion des investissements publics. Partout, la même volonté se dessine, mieux gérer, mieux contrôler, mieux protéger ce qui appartient à tous.
Dans ce paysage, la lutte contre les mines illicites occupe une place particulière, parce qu’elle touche au sous-sol, à cette richesse invisible que le Togo ne peut pas se permettre de laisser piller. L’or du Togo doit profiter au Togo, à ses populations, à ses collectivités, à son développement, et non à des réseaux clandestins qui laissent derrière eux des terres mortes et des corps abîmés. Avec cette commission, le gouvernement envoie un message clair, le temps de l’impunité est terminé, on ne pourra plus creuser, polluer et voler sans répondre de ses actes.
Reste l’essentiel, transformer le décret en action. Car contre l’orpaillage clandestin, les textes ne suffisent pas. Il faudra des moyens, des contrôles réguliers, une présence durable de l’État sur les sites, mais aussi des alternatives crédibles pour ces jeunes qui, faute d’emploi, descendent dans les trous. La guerre contre les mines illicites ne sera vraiment gagnée que si elle s’accompagne d’une autre bataille, celle de l’emploi, de la formation et du développement local, pour que personne n’ait plus besoin de risquer sa vie pour un gramme d’or.
Launetogo

