En plein cœur des Evala 2026, le gouvernement a posé un acte fort. Symbolique et concret. La Commission chargée du suivi de l’exécution du contrat entre l’État togolais et SICPA SA a officiellement ouvert sa première antenne régionale, installée à Kara.
Un choix de lieu qui n’est pas anodin. Un choix de moment qui dit l’urgence. L’objectif est clair : rapprocher le contrôle du terrain, traquer la fraude là où elle s’installe, et sécuriser les recettes qui financent le bien commun.
De Lomé à kara : décentraliser pour mieux contrôler
Jusqu’ici, l’action de la Commission se concentrait essentiellement dans le Grand Lomé. Les résultats étaient visibles : un taux de conformité au marquage fiscal estimé à 65% dans la capitale.
Dans les régions, le constat était tout autre. Entre 10 et 40% de conformité seulement. Un écart qui laisse la porte ouverte aux circuits parallèles, à la concurrence déloyale et à l’érosion des ressources publiques.
« _Là où la Commission est présente, la règle est respectée. Là où elle ne l’est pas, la fraude prospère_ », a relevé M. Esso-Wavana Ahmed ADOYI Président de la Commission, lors de l’inauguration.
Pour inverser la tendance, l’État engage donc une décentralisation méthodique. Kara ouvre le bal. D’autres antennes suivront dans les semaines à venir pour couvrir progressivement l’ensemble du territoire.
Une lutte qui se gagne « sur le terrain »
L’inauguration s’est tenue en marge des Evala. Le président de la Commission n’a pas manqué de faire le parallèle avec l’esprit des luttes traditionnelles de la Kozah.
« Les Evala nous enseignent une chose essentielle : on ne grandit pas dans les discours. On grandit dans l’épreuve, sur le terrain. La lutte que nous menons contre la fraude et le commerce illicite obéit à la même exigence. Elle se gagne dans les marchés, dans les entrepôts, au contact des opérateurs_ », a-t-il déclaré devant les autorités administratives, sécuritaires et le monde économique.
Installée au sein de la Division régionale des opérations douanières de Kara, la nouvelle équipe a une feuille de route précise. Vérifier le marquage des produits soumis à l’obligation, accompagner les commerçants, informer, et remonter les données au siège. La proximité doit permettre la réactivité.
Un arsenal juridique renforcé depuis le 1er juillet
Le déploiement de l’antenne intervient dans un contexte de durcissement des règles. Trois arrêtés interministériels signés le 25 juin 2026 sont entrés en vigueur.
Depuis le 1er juillet, le marquage fiscal s’impose désormais aussi aux produits pétroliers. Et les sanctions ont été alourdies. Tout contrevenant s’expose à des amendes allant de 50 000 à 10 millions de francs CFA.
Le message du président de la Commission est sans ambiguïté : « La Commission n’a aucun goût pour la sanction. Mais elle l’appliquera chaque fois que la loi sera bafouée. Il en va de l’équité et de la survie de nos entreprises honnêtes ».
le marquage fiscal, une question de souveraineté et de solidarité
Au-delà de l’aspect technique, la Commission insiste sur le sens de cette réforme. Le marquage n’est pas une tracasserie administrative. C’est un outil de souveraineté économique.
« _Un produit qui circule sans vignette, c’est une part de notre bien commun qui s’évapore. Ce sont des salles de classe qui ne se construisent pas, des centres de santé qui manquent de moyens, des routes qui attendent_ », a martelé M. Adoyi.
D’où l’appel lancé aux opérateurs économiques de la région : voir la vignette non comme une contrainte, mais comme une protection. Protection contre la fraude, protection des consommateurs, protection des acteurs qui jouent le jeu.
kara, point de départ d’un maillage national
Avec cette antenne, Kara devient le laboratoire du nouveau dispositif. Si le modèle fonctionne, il sera répliqué. L’ambition du gouvernement est d’opérer un maillage fin du territoire pour que le contrôle ne soit plus l’exception mais la norme.
Dans une région en pleine effervescence avec les Evala, l’ouverture de cette antenne envoie un double signal. Celui de la continuité de l’État, même en période de fête. Et celui d’une volonté : que la croissance et les recettes publiques ne soient plus grignotées par l’informel et l’illicite.
Le chantier commence à Kara. La Commission entend désormais mener sa lutte, comme les initiés des Evala : avec discipline, endurance, et le regard tourné vers le terrain.
Prudence AFANOU

