Rappelé à Dieu à 86 ans, Sa Majesté Ewéfiaga Togbui Boniface Fafanyo Kossi Agboli Agokoli IV, Roi des Ewé, a été conduit à sa dernière demeure ce samedi 20 juin 2026 à Notsè. La nation Ewé, traversant les frontières du Togo, du Bénin et du Ghana, s’est recueillie dans l’unité et la gravité.
L’hommage national a débuté par une messe pontificale concélébrée sur l’esplanade de la Place de l’Indépendance. Puis, conformément aux usages coutumiers et dans la stricte intimité familiale, le souverain a été inhumé à la résidence royale. La discrétion a prévalu : par respect des traditions, son cercueil n’a pas été exposé. Seuls ses attributs royaux et ses reliques ont été présentés au peuple, avant d’être solennellement reconduits selon le rituel ancestral.
Une nation en deuil, des institutions en ordre de bataille
La cérémonie a rassemblé le Togo institutionnel et la chefferie traditionnelle dans un même élan. Étaient présents le Président de l’Assemblée nationale, S.E. Prof. Komi Selom Klassou, le Président du Sénat, S.E.M. Barry Moussa Barqué, plusieurs présidents d’institutions de la République, des membres du gouvernement, des parlementaires, ainsi que les plus hautes autorités traditionnelles et religieuses.
De la diaspora Ewé sont venus fils et filles du Togo, du Bénin et du Ghana, pour rendre un ultime hommage à celui qui incarnait la mémoire vivante de leur peuple.
Le règne d’un bâtisseur, non d’un ornement
Au nom du Conseil national de la chefferie traditionnelle, Togbui Mawuto Frédéric Dzidzoli Détu X, chef du canton d’Aflao Gakli, a dressé le portrait d’un roi-travailleur. Pour Agokoli IV, la couronne et les attributs royaux n’étaient jamais un faste : ils constituaient un « habit de travail ».
« Avec sa canne de leader charismatique qu’il vient de déposer pour toujours, il a sillonné toutes les préfectures afin de transmettre aux chefs les valeurs et les vertus que doivent porter les garants des us et coutumes », a-t-il rappelé, soulignant l’exigence de probité et de service qui guidait son autorité.
Togbui Mawuko Adela Aklassou IV, vice-président de l’Union EWETO, a abondé dans ce sens : « Serviteur doté d’une grande énergie physique et intellectuelle, il ne s’avoua jamais abattu malgré le poids de l’âge. Son mot d’ordre aux chefs de l’espace Ewé était simple : servir avant de régner ». Il a salué l’engagement du défunt à restaurer le sanctuaire d’Agbogbodzi, ambitionné comme un lieu sacré, attractif et pédagogique au service des valeurs traditionnelles.
*Foi, culture et mémoire
Mgr Benoît Alowonou, Évêque de Kpalimé et Président de la Conférence des évêques du Togo, célébrant l’eucharistie funèbre, a insisté sur l’attachement du souverain à la foi chrétienne, scellé par son baptême. Il a confié l’âme du roi à la miséricorde divine pour qu’il repose dans la paix éternelle.
Après la liturgie, la culture Ewé a pris le relais. Alaga, Brekete, Djokoto, Ablafo : les danses rituelles ont résonné comme un dernier chant d’honneur, tissant le lien entre la mémoire du roi et la vitalité de son peuple.
Un héritage institutionnel et moral
Avant d’accéder au trône d’Ewéfiaga, Togbui Agokoli IV avait déjà marqué l’histoire publique du Togo. Chef du canton de Notsè, président du Conseil national de la chefferie traditionnelle, président du Bureau exécutif de l’Union EWETO, il avait également siégé à la Commission nationale des droits de l’homme et à la Commission Vérité, Justice et Réconciliation. Officier de l’Ordre du Mono, il avait allié autorité coutumière et engagement républicain.
Avec la disparition de Togbui Agokoli IV se clôt un chapitre fondateur. Il laisse un héritage double : la restauration des repères culturels Ewé et la démonstration qu’une chefferie traditionnelle peut être un levier d’unité et de service pour la nation. Son règne rappelle que la royauté se mesure moins à l’apparat qu’à la capacité de transmettre, de rassembler et de servir.

