C’est un signal fort envoyé aux jeunes filles en rupture de parcours scolaire. Dans le cadre du Projet d’Autonomisation des Femmes et du Dividende Démographique en Afrique subsaharienne plus (SWEDD+), porté par le gouvernement avec l’appui de la Banque Mondiale, le ministère de la Planification du Développement lance la phase pilote d’un programme inédit : l’« École de la Chance ». Objectif immédiat : former gratuitement 1 500 jeunes filles vulnérables ou non scolarisées du Grand Lomé aux métiers professionnels. Objectif final : créer un vivier qui, à terme, bénéficiera à des milliers de Togolaises.
L’urgence d’une réponse ciblée
Au Togo, comme dans de nombreux pays de la sous-région, le décrochage scolaire féminin reste un frein majeur à l’autonomisation économique. Sans qualification, sans réseau, sans capital, des milliers de jeunes filles de 18 à 24 ans se retrouvent enfermées dans l’informel précaire. L’« École de la Chance » entend briser ce cercle. Conduite avec l’appui du ministère délégué chargé de la Jeunesse et des Sports et de l’Union des Chambres Régionales de Métiers (UCRM), la phase pilote concentre ses moyens sur le District Autonome du Grand Lomé (DAGL) pour éprouver le modèle avant sa mise à l’échelle nationale.
1 500 places, 7 filières, 3 à 6 mois pour changer de trajectoire
Le dispositif vise 1 500 bénéficiaires pour cette première cohorte. Les métiers retenus répondent à une double exigence : forte demande sur le marché et faible barrière à l’entrée pour l’auto-emploi. Couture dame africaine, mercerie, broderie, coiffure et tresse, confection de perruques, esthétique/make-up, esthétique/pédicure-manicure : sept filières porteuses, choisies après analyse des bassins d’emploi du Grand Lomé.
La formation est qualifiante, intensive et courte, de trois à six mois. Elle alterne théorie et pratique en atelier, avec un accent mis sur la gestion d’activité, la fixation des prix, l’hygiène et la relation client. L’idée : qu’à la sortie, chaque jeune fille reparte avec un geste technique maîtrisé et les rudiments pour ouvrir son propre atelier ou intégrer une structure existante.
Qui peut candidater ?
L’appel s’adresse aux jeunes filles de nationalité togolaise, âgées de 18 à 24 ans, sans emploi ou en reconversion professionnelle, et disponibles pour suivre l’intégralité du cycle. Les candidates ayant interrompu une formation dans l’un de ces métiers sont particulièrement encouragées à postuler.
Pièces à fournir : photocopie de la CNI, carte biométrique, carte d’électeur ou toute pièce d’identité ; copie de la dernière attestation obtenue pour les déscolarisées ; attestation de formation pour celles en reconversion.
Les dossiers sont reçus du 6 au 20 mai 2026, de 07h00 à 12h00 et de 14h30 à 17h30, dans les chambres communales de métiers, à la Chambre Régionale de Métiers du Grand Lomé à Bè-Château, à l’UCRM à Casablanca, à la maison des jeunes d’Amadahomé et dans les centres de jeunes d’Adétikopé, Togblekopé et Avédji. Une inscription en ligne via QR code est également ouverte. Le dépôt est entièrement gratuit.
Des centres de formation sous contrat de qualité
La réussite de l’« École de la Chance » repose sur les opérateurs. Un appel à candidatures parallèle vise les centres et ateliers de formation. Les critères sont stricts : agrément légal, cinq ans d’expérience minimum, formateurs qualifiés, équipements fonctionnels, capacité d’accueil suffisante et accessibilité aux personnes en situation de handicap. L’hébergement est un atout.
Les structures retenues signeront un cahier des charges axé sur les résultats : taux de présence, acquisition des compétences, accompagnement à l’insertion. Dossiers à déposer aux mêmes dates et lieux que pour les apprenantes, auprès des chambres de métiers.
Phase pilote, vision nationale
Si la phase pilote cible 1 500 jeunes filles du Grand Lomé, le SWEDD+ voit plus loin. Le modèle pédagogique, les outils de suivi et les mécanismes d’insertion testés à Lomé ont vocation à être répliqués dans toutes les régions. Ce sont, à terme, des milliers de jeunes Togolaises qui bénéficieront de cette seconde chance. L’enjeu est démographique et économique : transformer un vivier de vulnérabilité en force productive, capter le dividende démographique en investissant dans le capital humain féminin.
Une chaîne d’acteurs mobilisée
Pour le Ministre, Secrétaire Général de la Présidence du Conseil, Dr Ablamba Ahoéfavi Johnson, et le Ministre délégué chargé de la Jeunesse et des Sports, Dr Abdul-Fahd Fofana, l’« École de la Chance » incarne la convergence des politiques publiques : éducation, emploi, genre, économie sociale. L’appui de la Banque Mondiale sécurise le financement ; l’UCRM garantit l’ancrage dans le tissu artisanal ; les communes et maisons de jeunes assurent la proximité.
Au-delà du métier, l’autonomie
L’« École de la Chance » ne distribue pas des diplômes. Elle équipe. Elle donne à des jeunes filles les moyens de produire, de vendre, de décider. 1 500 parcours vont s’ouvrir à Lomé dès les prochaines semaines. Des milliers d’autres suivront. Dans un atelier de couture à Bè, un salon de coiffure à Adétikopé ou un stand de make-up à Avédji, c’est une génération qui apprendra que l’autonomie économique n’est pas un privilège, mais un droit qui se construit.

