Le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, a reçu ce samedi en audience le Haut-Commissaire du Canada, Myriam Montrat. Au-delà du rituel diplomatique, la rencontre a pris les accents d’une revue stratégique, à l’heure où le Togo cherche à diversifier ses partenariats et où le Canada réévalue sa présence en Afrique de l’Ouest.
Premier dossier sur la table : l’élargissement du partenariat économique. Myriam Montrat et le Président du Conseil ont partagé le constat. Les relations commerciales Togo-Canada, bien que cordiales, restent en deçà du potentiel. Les deux parties ont convenu d’explorer trois pistes concrètes. D’abord, l’agro-industrie et les chaînes de valeur agricoles, où l’expertise canadienne en mécanisation et en transformation rejoint les priorités togolaises de sécurité alimentaire. Ensuite, les énergies propres et l’économie verte, avec un intérêt marqué pour le solaire décentralisé et la valorisation des déchets. Enfin, le numérique et les services, secteur où les entreprises canadiennes cherchent des têtes de pont francophones en Afrique.
L’enjeu est stratégique pour Lomé. Réduire la dépendance aux partenaires historiques, attirer des investissements à forte composante technologique et créer des emplois qualifiés. Pour Ottawa, il s’agit d’ancrer son offre dans un pays stable, porte d’entrée vers le marché de l’UEMOA et la zone de libre-échange continentale.
Les échanges ont rapidement glissé vers les questions de paix et de sécurité, présentées comme le prérequis de toute ambition économique. Dans un environnement ouest-africain marqué par la volatilité, la stabilité du Togo devient un actif. Myriam Montrat a salué l’engagement de Lomé dans les médiations régionales et ses contributions à la stabilisation du Sahel. Elle a réaffirmé la volonté du Canada de soutenir les initiatives togolaises en matière de prévention des conflits, de lutte contre l’extrémisme violent et de consolidation de la paix.
Concrètement, le Canada accompagne déjà le Togo sur le nexus sécurité-développement. Appui à la formation des forces de défense, soutien aux programmes de cohésion sociale dans les Savanes, financement de projets de résilience communautaire. L’audience a permis d’envisager un renforcement de cette coopération, notamment sur le renseignement, la cybersécurité et la protection des infrastructures critiques.
Au-delà de l’économie et de la sécurité, la coopération canado-togolaise s’ancre dans le social. Le Canada est présent dans l’éducation, la santé globale et l’égalité de genre. Trois secteurs où Lomé affiche des résultats mais cherche des relais pour passer à l’échelle. Myriam Montrat a rappelé les programmes en cours. Bourses d’études, appui à la santé maternelle et infantile, renforcement des capacités des organisations de défense des droits des femmes. Le Président du Conseil a plaidé pour une approche intégrée, liant éducation des filles, autonomisation économique et santé reproductive.
Les deux pays entendent aussi dynamiser les échanges commerciaux. Le commerce bilatéral progresse, tiré par les machines, les produits pharmaceutiques et les services d’ingénierie côté canadien, et par le coton, le phosphate et les produits agricoles côté togolais. La diplomatie économique veut désormais structurer ce flux, avec des missions d’affaires, un dialogue public-privé régulier et un meilleur accès aux instruments de financement canadiens.
Cette audience intervient dans un contexte ouest-africain en mutation. Retraits de la CEDEAO, montée en puissance de l’AES, repositionnement des partenaires traditionnels. Le Togo cultive une ligne de non-alignement actif. Parler à tous, coopérer avec chacun sur des bases d’intérêt mutuel. Le Canada, qui cherche à réinvestir l’Afrique francophone sans posture néocoloniale, trouve à Lomé un interlocuteur pragmatique.
La feuille de route qui se dessine est claire. Plus de commerce, plus d’investissements verts et numériques, plus de coopération sécuritaire ciblée, plus d’appui au capital humain. Le tout adossé à une exigence partagée. La stabilité politique et la prévisibilité des règles.
En recevant Myriam Montrat, Faure Essozimna Gnassingbé signale que le Togo entend jouer la carte de la diversification maîtrisée. Pas de rupture, mais des ajouts. Pas de promesses, mais des projets bancables. Dans la géopolitique des partenariats, Lomé choisit l’équilibre dynamique. Et Ottawa semble prêt à en être.

