Le Togo passe de la théorie à la répression. Depuis le 2 novembre 2026, les premières opérations de vérification du marquage fiscal des produits pétroliers ont démarré dans les stations-service de Lomé. Objectif : débusquer les carburants vendus sans marqueur réglementaire, donc issus de la contrebande ou de détournements.
Trois mois après le lancement du Système Automatisé de Marquage (SAM) le 31 juillet 2026, le dispositif entre dans sa phase la plus sensible : le contrôle sur le terrain.
Deux laboratoires mobiles, un verdict en quelques minutes
Sur le terrain, le dispositif est impressionnant. *Deux laboratoires mobiles* sillonnent Lomé, déployés par la Commission chargée du suivi du contrat entre l’État et *SICPA SA*, l’entreprise suisse spécialiste de la traçabilité.
À leurs côtés, des agents de l’*Office Togolais des Recettes (OTR) et du ministère du Commerce*. La procédure est simple et imparable : un prélèvement de 500 ml de carburant dans la station, puis une analyse immédiate sur place.
Le principe repose sur un traceur chimique invisible, injecté dans les carburants au moment de leur chargement à la *Société Togolaise d’Entreposage (STE)*. Si le marqueur est absent ou dilué, le carburant n’est pas passé par le circuit officiel. Il est donc frauduleux.
Les autorités avaient annoncé dès septembre un rythme de *près de 500 contrôles mensuels* sur toute la chaîne de distribution, des dépôts aux stations-service. Les sanctions sont lourdes : *des amendes de 1 à 10 millions de FCFA* pour les contrevenants.
Pourquoi l’État s’attaque aux carburants ?
Le carburant est l’un des produits les plus fraudés au Togo. Circuits parallèles venus des pays voisins, détournements de gasoil industriel subventionné vers le marché automobile, mélanges de produits : les pertes pour le Trésor public se comptaient en milliards chaque année.
L’État a déjà la preuve que le marquage fonctionne. Une *phase pilote menée sur le gasoil industriel a permis une hausse de 8 % des recettes fiscales*, selon les autorités. Un simple traceur chimique a suffi à décourager une partie des détournements.
Plus largement, le système de marquage déployé depuis 2020 sur plusieurs produits de consommation — tabac, boissons, etc. — a déjà généré *35,8 milliards de FCFA entre 2020 et 2025*. L’extension aux hydrocarbures, le plus gros marché de tous, pourrait changer d’échelle.
L’enjeu : recettes, concurrence et qualité
Au-delà de la fiscalité, l’enjeu est triple.
1. Pour les recettes publiques : Chaque litre fraudé est un litre qui ne paie pas de taxes mais qui use les routes. Récupérer ces recettes, c’est financer les écoles, les hôpitaux et les infrastructures.
2. Pour la concurrence loyale :* Les distributeurs officiels, qui paient leurs taxes, ne peuvent pas concurrencer les vendeurs parallèles qui cassent les prix parce qu’ils ne paient rien. Le marquage protège le marché formel.
3. Pour le consommateur :* Un carburant frelaté abîme les moteurs et pollue davantage. En contrôlant la traçabilité, l’État contrôle aussi la qualité de ce que le Togolais met dans son réservoir.
Reste la question clé : la régularité des contrôles. Le système ne tiendra que si les 500 contrôles mensuels sont réellement effectués, sur tout le territoire et pas seulement à Lomé, et si les amendes sont effectivement appliquées, y compris aux gros réseaux.
Le marquage est en place. La traque a commencé. Le marché togolais des carburants entre dans l’ère de la transparence.
La rédaction

