La campagne de commercialisation 2026-2027 du café et du cacao au Togo a été officiellement lancée ce vendredi 4 septembre 2026 à Kpalimé, dans la préfecture de Kloto.
À quelques semaines du démarrage effectif des opérations, prévu pour le 1er octobre prochain, les acteurs des deux filières se mobilisent autour des enjeux de qualité, de transparence, de professionnalisation et de compétitivité.
Organisée par le Comité de Coordination pour les Filières Café et Cacao (CCFCC), cette cérémonie s’inscrit dans la mise en œuvre des Plans de développement des filières Café et Cacao (PDCC), adoptés le 11 octobre 2024. Elle revêtait également un caractère particulier puisqu’elle coïncide avec la célébration des 30 ans d’existence du CCFCC.
La cérémonie a été présidée par le ministre de l’Économie et de la Veille stratégique, Badanam Patoki, en présence notamment du représentant du ministre de l’Agriculture, de la Pêche, des Ressources animales et de la Souveraineté alimentaire, du secrétaire général du CCFCC, Enselme Gouthon, ainsi que des producteurs, acheteurs, transformateurs, exportateurs et autres acteurs des chaînes de valeur.
Une campagne placée sous le signe de la responsabilité
La nouvelle campagne s’ouvre dans un contexte marqué par plusieurs défis, notamment dans la zone cacaoyère de la région de la Litimé. Le ministre de l’Économie et de la Veille stratégique a dénoncé l’intervention croissante d’acteurs non professionnels et non enregistrés, venus de certains pays de la sous-région.
Selon lui, cette situation est susceptible de perturber le fonctionnement du marché, d’influencer les prix d’achat et de compromettre la qualité des produits. Elle expose également la filière à des risques liés à la surenchère et à la contrebande.
Face à ces difficultés, il a salué les efforts du Cadre de Concertation FUPROCAT-SIACCTO et le soutien apporté par le CCFCC à cette dynamique visant à assainir et à professionnaliser davantage la commercialisation du café et du cacao au Togo.
Dans cette perspective, plusieurs initiatives ont été engagées pour améliorer la qualité et permettre aux producteurs de bénéficier de meilleures conditions de rémunération. Le ministre a notamment cité les centres de traitement post-récolte de cacao d’excellence de Kessibo-Abréwankor et de Mpoti, dans la préfecture de Blitta, inaugurés respectivement les 23 mai et 3 juin 2026.
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Des performances à consolider
La campagne 2025-2026 a enregistré des résultats qui appellent toutefois à renforcer les efforts dans la production et la commercialisation. Au cours de cette période, 39 opérateurs économiques ont effectué des transactions commerciales.
Les exportations ont atteint 2 576 tonnes de café et 8 841 tonnes de cacao, contre respectivement 4 313 tonnes et 24 625 tonnes lors de la campagne précédente. Ces chiffres mettent en évidence la nécessité de poursuivre les actions destinées à accroître la production, améliorer la mise en marché, développer la transformation locale et lutter efficacement contre la contrebande.
Plusieurs acquis ont néanmoins marqué la campagne écoulée. Il s’agit notamment de la production et de la distribution de matériel végétal, de l’animation des Champs Écoles Paysans, de la réhabilitation des parcelles semencières de Zozo Condji et de l’appui aux producteurs pour l’acquisition d’engrais et la fertilisation des plantations.
Le CCFCC a également poursuivi ses actions en faveur de la valorisation du café togolais, notamment à travers la Maison du Café « Le Terroir », dédiée à la dégustation, à la promotion et à la formation aux métiers du café. L’accompagnement des jeunes baristas et les activités menées en partenariat avec KAWA TOGO participent également à cette dynamique.
La production nationale en progression
Les politiques d’accompagnement mises en œuvre par le Gouvernement commencent également à produire des effets sur les niveaux de production. Selon les données présentées par le directeur de cabinet du ministère de l’Agriculture, de la Pêche, des Ressources animales et de la Souveraineté alimentaire, Konlani Dindiogue, représentant le ministre, la production nationale est estimée en 2025 à 30 472 tonnes de café et 23 084 tonnes de cacao.
Ces volumes représentent une progression de 2,5 % pour le café et de 7 % pour le cacao par rapport à 2024.
Cette évolution bénéficie notamment de l’accompagnement apporté aux producteurs dans le cadre du Programme de Modernisation de l’Agriculture du Togo (ProMAT 2025-2034). Celui-ci prévoit entre autres la mise à disposition d’engrais spécifiques, le déploiement d’un dispositif d’appui technique composé de 12 Techniciens Formateurs Préfectoraux et de 91 Conseillers Techniques en Gestion des Entreprises Agricoles.
La fourniture de matériel végétal subventionné, notamment les boutures racinées, les cabosses-semences et différents plants destinés à l’agroforesterie, ainsi que la poursuite des recherches sur les maladies et ravageurs du caféier et du cacaoyer, figurent également parmi les actions prioritaires.
La traçabilité au cœur des nouvelles exigences
Au-delà des enjeux de production et de commercialisation, la nouvelle campagne devra composer avec le durcissement progressif des exigences internationales en matière environnementale, sociale et de gouvernance.
Pour le Togo, l’un des principaux défis concerne l’adaptation au Règlement européen sur la déforestation (RDUE). Les filières café et cacao sont ainsi appelées à renforcer la traçabilité des produits, l’identification des producteurs et la géolocalisation des plantations.
Le Gouvernement a déjà engagé plusieurs actions dans ce sens, notamment l’identification d’une partie importante des producteurs et des plantations, la géoréférenciation progressive des parcelles ainsi que la mise en place d’un système national de traçabilité.
Cette démarche doit permettre aux acteurs togolais de mieux répondre aux nouvelles exigences des marchés internationaux et de préserver l’accès du café et du cacao togolais à ces marchés.
Miser davantage sur la transformation locale
Pour le secrétaire général du CCFCC, Enselme Gouthon, la transformation constitue également un levier essentiel pour l’avenir des deux filières.
Il estime que le développement de la transformation locale permettra de créer davantage de valeur ajoutée, de promouvoir la consommation nationale et, à terme, d’améliorer les revenus des producteurs.
Il a également insisté sur la nécessité pour les producteurs de rester organisés. Une meilleure organisation professionnelle doit, selon lui, permettre aux producteurs de mieux peser dans les négociations et de contribuer à une meilleure orientation des prix sur le marché.
La relance des activités du Conseil interprofessionnel des filières Café et Cacao du Togo (CICC-Togo), après la révision de ses textes et la mise en place d’un nouveau conseil d’administration, devrait également contribuer à redynamiser les quatre collèges professionnels qui le composent.
Il s’agit de la Fédération des Unions de sociétés coopératives de Producteurs de Café-Cacao du Togo (FUPROCAT), du Syndicat Indépendant des Acheteurs de Café et Cacao du Togo (SIACCTO), du Conseil des Exportateurs de Café et de Cacao (CECC) et de l’Association des Transformateurs du Café-Cacao du Togo (ATCC-Togo).
Un secteur stratégique pour l’économie nationale
Le café et le cacao demeurent des cultures de rente importantes pour l’économie togolaise. En 2024, ils ont contribué à hauteur de 0,94 % au PIB national et de 2,3 % au PIB agricole.
Ces deux filières constituent également une source majeure de revenus pour les ménages agricoles des zones de production. Elles sont exploitées par près de 34 000 producteurs sur environ 47 700 hectares consacrés au café et 33 900 hectares au cacao, selon les données du Recensement national de l’agriculture (RNA) 2025.
La production est concentrée dans huit préfectures des régions des Plateaux et de la Centrale.
Une campagne appelée à renforcer la confiance
À travers ce lancement, les autorités et les responsables du CCFCC ont appelé l’ensemble des acteurs à faire preuve de responsabilité et de discipline tout au long de la campagne.
Producteurs, acheteurs, contrôleurs, transformateurs et exportateurs sont invités à respecter scrupuleusement les procédures de commercialisation, à fournir des données statistiques fiables et à contribuer à la transparence des transactions.
La fixation de prix cohérents avec l’évolution des coûts et du marché international devra également permettre de garantir une rémunération équitable aux producteurs, tout en préservant les marges nécessaires aux autres maillons de la chaîne de valeur.
Après l’atelier bilan de la campagne 2025-2026, tenu les 1er et 2 septembre 2026, le lancement de la campagne 2026-2027 apparaît ainsi comme un nouveau départ pour les deux filières.
Placée sous le signe de la qualité, de la transparence, de la traçabilité, de la lutte contre la contrebande et de la professionnalisation, cette campagne devra permettre de consolider les acquis, de relever les défis du marché international et de faire davantage du café et du cacao des moteurs d’un développement agricole durable et créateur de valeur au Togo.
Biscone A.

